À 100 ans, Georgette défend son autonomie face au système
Dans sa maison de Caen, Georgette Coltée s'apprête à célébrer ses cent ans ce samedi 17 janvier 2026. Cette femme remarquable incarne la résistance face à un système qui pousse nos aînés vers la dépendance institutionnelle.
Née il y a un siècle rue Basse à Caen, Georgette n'a jamais quitté sa ville natale, si ce n'est quelques années d'après-guerre à Mondeville. Aujourd'hui, elle refuse catégoriquement l'Ehpad ou la maison de retraite, préférant rester maîtresse de son destin dans sa propre demeure.
L'autonomie comme philosophie de vie
"Je peux vivre encore comme ça des années !" lance-t-elle avec détermination depuis son fauteuil. Son secret ? Une "santé de fer" et ce que son fils appelle affectueusement son "sale caractère". Une attitude combative qui lui permet de résister aux pressions du système médico-social.
Georgette organise sa résistance quotidienne grâce à un réseau de solidarité locale : l'association E.T.R.E., une infirmière matin et soir, le CCAS de Caen pour les repas, et sa fille Anne-Marie. Cette organisation communautaire prouve qu'il est possible de vieillir dignement sans se soumettre à l'industrialisation du grand âge.
Le travail comme rempart contre la dépendance
Malgré ses cent ans, Georgette continue de tricoter : écharpes, bonnets, gants, chaussettes pour ses six petits-enfants et six arrière-petits-enfants. "Il faut toujours faire quelque chose", affirme-t-elle, incarnant cette philosophie du travail qui forge l'indépendance.
Même une double fracture du fémur en mai 2025 n'a pas entamé sa détermination. Sa volonté lors de la rééducation témoigne de cette force intérieure qui refuse la soumission à l'âge.
Une vie d'autonomie et de labeur
Cette résistante du quotidien a traversé un siècle agité en gardant sa dignité. Dès 14 ans sous l'Occupation, elle travaillait comme vendeuse en mercerie rue Saint-Jean. "Je faisais ma vie, comme d'habitude", dit-elle de cette période difficile.
N'ayant jamais eu le permis de conduire, elle faisait "tout à pied", y compris les courses pour ses enfants. Cette autonomie physique, entretenue jusqu'à 85 ans par la natation, lui a forgé cette indépendance d'esprit qui la caractérise aujourd'hui.
Installée dans le quartier de la Pierre Heuzé au début des années 60, quand "c'était encore la campagne" avec des champs et des vaches, Georgette a vu se construire le CHU, les immeubles, le lycée. Veuve depuis près de 30 ans, elle "ne compte que sur elle-même".
Le parcours de Georgette Coltée nous enseigne qu'il est possible de vieillir en gardant sa souveraineté personnelle, loin des logiques marchandes qui transforment nos aînés en clients captifs. Son exemple devrait inspirer nos politiques de solidarité communautaire.