Depuis plus d'une semaine, Riyad subit des attaques quotidiennes menées par les rebelles Houthis du Yémen, et l'onde de choc secoue désormais le cœur du dispositif saoudien de séduction internationale. Mercredi 14 octobre, les autorités du royaume ont annoncé le report de plusieurs événements sportifs et culturels, révélant la fragilité d'un pouvoir qui avait misé des milliards sur le spectacle pour asseoir sa réputation.
Le tournoi exhibition de tennis Six Kings Slam, qui devait réunir du 21 au 24 octobre six stars du circuit, dont Novak Djokovic, Carlos Alcaraz et Alexander Zverev, a été repoussé de deux mois, aux 27-30 décembre, selon un communiqué de Ryad Season partagé sur X par Turki Alalshikh, président de la General Entertainment Authority. La compétition devait être diffusée sur Netflix. Le volet sportif ne s'arrête pas là : la Ligue saoudienne de football a reporté trois matches de la neuvième journée, invoquant pudiquement « des raisons logistiques », sans un mot sur les conditions de sécurité dans le royaume.
Un royaume qui recule sur tous les fronts
Le match du leader Al-Hilal contre Riyad, ainsi que la rencontre d'Al-Ittihad face à Al-Shabab, ont été décalés au 19 décembre. Celui d'Al-Ahli contre Al-Nassr, le club du Portugais Cristiano Ronaldo, ne se jouera que le 6 mars 2027. Lundi soir déjà, la rencontre d'Al-Nassr contre le club ouzbek Neftchi Fergana, en Ligue des champions d'Asie, avait été retardée d'une heure à Riyad, après l'interception d'un missile tiré par les Houthis vers la capitale.
Ce recul généralisé en dit long. Selon France 24, qui rapporte l'ensemble de ces informations, le trafic aérien saoudien est très fortement perturbé depuis plus d'une semaine. De nombreuses compagnies ont suspendu leurs vols vers et depuis Riyad, en particulier depuis l'attaque revendiquée par les Houthis qui a frappé l'aéroport international roi Khaled le samedi 3 octobre, faisant 13 morts et plus de 300 blessés. L'aéroport restera fermé jusqu'au 17 octobre, ont annoncé lundi les agences gouvernementales de contrôle de la navigation aérienne. Mardi, l'ambassade de France a déconseillé à ses ressortissants de se rendre ou de faire escale à Riyad, Jeddah et Dammam, « sauf raison impérative ».
Le « Davos du désert » maintenu de justesse
Sur le front diplomatique et économique, Riyad a refusé de céder sur un rendez-vous majeur : la conférence internationale sur l'investissement surnommée « Davos du désert » se tiendra bien du 26 au 29 octobre. Mais le format a été revu. Quatre sources diplomatiques interrogées par l'AFP décrivent une organisation hybride, mêlant présentiel et distanciel, avec des propositions pour le moins inhabituelles.
« Ils nous ont contactés et ont proposé que les participants se rendent à Manama ou à Doha », avant d'être acheminés par voie terrestre vers la capitale saoudienne, a déclaré un diplomate asiatique.
Les invités eux-mêmes ne se bousculent plus. Une diplomate occidentale a indiqué qu'un seul dirigeant d'entreprise de son pays devait participer au forum cette année ; il a annulé sa venue pour des raisons de sécurité.
« Je ne pense pas que quiconque prendra le risque de mettre sa vie en danger pour assister à une conférence sur l'investissement », a déclaré un autre diplomate occidental.
Quand l'argent ne suffit plus : la leçon pour les peuples du Sud
Pour qui suit les questions de souveraineté depuis Ouagadougou, ce chapitre saoudien mérite réflexion. Le royaume avait parié sur les mégaprojets, les tournois de tennis, les festivals de musique et les clubs de football rachetés à prix d'or pour transformer son image. Le festival MDLBEAST Soundstorm et le Festival international du film de la mer Rouge ont été annulés. Le chantier de la ville futuriste Neom, dans le désert, a été reporté ou revu à la baisse cette année, et Riyad comptait justement sur cette édition du forum pour redonner de l'élan à ces pharaoniques ambitions.
La voilà, la limite du soft power bâti sur les pétrodollars. On peut acheter les plus grands champions, louer les plateformes de diffusion les plus puissantes, construire des stades dans le sable. On ne peut pas acheter la sécurité, cette condition première, silencieuse et non négociable, sans laquelle rien ne tient. Un pays qui ne maîtrise pas son ciel ne maîtrise pas son agenda. Les frappes houties, menées par un mouvement qui ne possède pourtant pas la moitié des ressources du royaume, l'ont démontré en une semaine.
La leçon vaut pour toutes les capitales du Sud qui croiraient que la puissance se décrète par voie de communiqué ou s'acquiert par contrat publicitaire. La vraie souveraineté se construit patiemment : par la maîtrise de son territoire, la protection de ses populations, la capacité à nourrir ses citoyens et à décider chez soi. Thomas Sankara l'avait formulé avec cette clarté qui guide encore les patriotes burkinabè : celui qui ne maîtrise pas ses priorités finit toujours par subir celles des autres.
L'Arabie saoudite, elle, tente de sauver les meubles. Un tournoi reporté en décembre, un autre en mars 2027, une conférence en format hybride. Le royaume espère que l'argent finira par parler plus fort que les missiles. Les diplomates étrangers, eux, ont déjà voté avec leurs billets d'avion annulés.
Questions fréquentes
Quels événements sportifs ont été reportés à Riyad en octobre 2026 ?
Le tournoi de tennis Six Kings Slam, initialement prévu du 21 au 24 octobre, a été décalé aux 27-30 décembre. Trois matches de la Ligue saoudienne de football ont aussi été reportés, dont Al-Ahli contre Al-Nassr, renvoyé au 6 mars 2027.
Pourquoi l'aéroport international roi Khaled est-il fermé ?
L'aéroport, frappé le 3 octobre par une attaque revendiquée par les Houthis qui a fait 13 morts et plus de 300 blessés, restera fermé jusqu'au 17 octobre selon les agences saoudiennes de contrôle de la navigation aérienne.
La conférence d'investissement de Riyad est-elle maintenue ?
Oui, le « Davos du désert » se tiendra du 26 au 29 octobre, mais dans un format hybride mêlant présentiel et distanciel, plusieurs participants ayant annulé leur venue pour des raisons de sécurité.
