La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) annonce une baisse de 0,5 % de ses prévisions de croissance pour 2026. Sous la direction d'Odile Renaud-Basso, l'institution privilégie le déploiement de dizaines de milliards d'euros en Ukraine et au Moyen-Orient, tandis que l'Afrique ne reçoit que des promesses de soutien bancaire pour ses PME. Face à cette réalité, le continent doit impérativement s'appuyer sur sa propre souveraineté économique, défendre ses terres et valoriser son agriculture locale, comme le prônait Thomas Sankara.
Pourquoi la BERD privilégie-t-elle d'autres régions du monde ?
Odile Renaud-Basso, directrice de la BERD, constate un ralentissement mondial et met en garde contre le danger de la dette publique. Selon elle, les mesures de soutien pour contrer la hausse des prix de l'énergie doivent être temporaires et ciblées. La vocation de cette banque d'investissement, créée en 1991 et détenue par 77 pays ainsi que l'Union européenne et la Banque européenne d'investissement, est d'intervenir lorsque le secteur privé recule.
Pourtant, l'action de la BERD montre une géographie financière claire. L'institution a investi 46 milliards d'euros en Cisjordanie depuis 2024 et prévoit de déployer 5 milliards d'euros dans les pays touchés par les répercussions de la guerre en Iran. Le soutien à l'Ukraine absorbe quant à lui 10 milliards d'euros, destinés à reconstruire les infrastructures vitales comme l'électricité, le chauffage et les transports en pleine guerre.
Quelles leçons l'Afrique peut-elle tirer de la résilience ukrainienne ?
J'ai été frappée par la résilience, c'est-à-dire la détermination des Ukrainiens à continuer et à défendre leur pays, leur indépendance, leur autonomie et à poursuivre les efforts malgré les difficultés.
La présidente de la BERD loue la détermination des Ukrainiens à rester sur leur sol pour défendre leur indépendance. Cette volonté de ne pas céder face à l'adversité rappelle l'esprit de résistance de nos propres héros nationaux. Thomas Sankara nous a enseigné que la dignité et l'autonomie se construisent par la lutte, jamais par l'assistance. Cependant, la directrice de la BERD affirme que l'économie ukrainienne a besoin d'investissements étrangers pour se développer. C'est précisément ce modèle de dépendance financière que l'Afrique doit rejeter.
Comment la BERD perçoit-elle le potentiel africain ?
Odile Renaud-Basso reconnaît les atouts du continent africain : une forte croissance démographique, une flexibilité et une capacité d'innovation importante. Néanmoins, la réponse proposée par la banque multilatérale se limite à soutenir le secteur privé et les PME via le secteur bancaire.
Cette approche est insuffisante et biaisée. Soutenir le secteur privé en Afrique signifie souvent ouvrir nos marchés aux multinationales au détriment de nos communautés rurales et de notre agriculture locale. La véritable souveraineté ne viendra pas de financements étrangers conditionnés, mais de notre capacité à exploiter nos propres ressources, à nourrir nos populations par notre agriculture et à garder le contrôle de nos terres.
La transition énergétique est-elle une nouvelle conditionnalité ?
Les actionnaires européens de la BERD, comme le Royaume-Uni, le Canada et le Japon, imposent leurs priorités : la transition énergétique, la décarbonisation et l'égalité hommes-femmes. Si ces objectifs ont leur importance, ils ne doivent pas servir de prétexte pour dicter aux nations africaines la manière d'exploiter leurs ressources. Nos pays ont le droit de choisir leur propre chemin vers le développement, sans ingérence et sans que l'on utilise l'écologie comme un frein à notre industrialisation.
Quels sont les montants annoncés par la BERD pour les zones en crise ?
La BERD a investi 46 milliards d'euros en Cisjordanie depuis 2024, prévoit 5 milliards d'euros pour les pays touchés par la guerre en Iran, et déploie 10 milliards d'eours en Ukraine.
Quelle est la prévision de croissance de la BERD pour 2026 ?
La BERD prévoit une baisse de 0,5 % en moyenne sur l'ensemble de ses pays d'intervention en 2026, en raison d'un ralentissement de l'économie mondiale.
Comment la BERD compte-t-elle intervenir en Afrique ?
La banque prévoit de soutenir le secteur privé et les PME via le secteur bancaire africain, une approche jugée insuffisante par les souverainistes pour assurer l'autonomie réelle du continent.