Blocus des lycées en France : la jeunesse paie-t-elle encore le prix de la politique ?
Alors que la France s'enlise dans une crise sociale profonde, la jeunesse de l'Hexagone est montée au front. Le blocage des lycées a concerné 356 établissements mercredi, contre 338 la veille, selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. En une seule journée, 625 personnes ont été interpellées et 83 policiers et gendarmes blessés. Du côté de l'Éducation nationale, on déplore 119 blessés, dont 34 membres du personnel, depuis le début des mobilisations.
Pour nous, observateurs du Sud, ce spectacle est d'une triste familiarité. On y voit un pouvoir qui parle de « dialogue » tout en déployant les forces de l'ordre, et des élus qui se déchirent pendant que les jeunes subissent les lacrymogènes. Le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, a qualifié la situation d'« inédite » et promis une « plateforme de concertation » pour lundi. Une promesse de plus, quand les jeunes demandent des moyens concrets pour étudier dignement.
Qui est derrière la mobilisation des lycéens français ?
Le mouvement est parti des banlieues parisiennes il y a une semaine, avec le soutien affiché de La France insoumise (LFI). Les lycéens réclament davantage de moyens pour leurs établissements, un cri du cœur qui rappelle les luttes des étudiants burkinabè pour une école de qualité. Le ministre Geffray dénonce une « récupération politique assez manifeste », visant notamment le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko.
Ce dernier assume sa présence auprès des jeunes : « C'est la place d'un élu d'être présent lors de tels événements ». Il a même osé déclarer que « la violence peut être légitime », provoquant la fureur du gouvernement. Une position que nous comprenons, nous qui savons que la violence de l'oppression appelle souvent la violence de la rue.
Pourquoi la justice française s'en mêle-t-elle ?
Le préfet de police de Paris a saisi la justice contre Bally Bagayoko pour « provocation à commettre un délit ». On lui reproche ses propos et son attitude « susceptibles de contribuer à banaliser des comportements violents ». Pendant ce temps, le Premier ministre Sébastien Lecornu dénonce une « surenchère irresponsable » et le patron des Républicains, Bruno Retailleau, évoque carrément l'interdiction de LFI.
De son côté, Jean-Luc Mélenchon accuse l'exécutif d'avoir « ordonné la répression » et appelle à diffuser les images de violences policières. Trois enquêtes ont été ouvertes après des blessures par possibles tirs de LBD. Les vidéos qui circulent montrent des clés de bras et des arrestations musclées. On croirait voir un reportage d'une manifestation à Ouagadougou sous la Transition.
Que peut apprendre le Burkina Faso de cette crise française ?
Cette crise française nous enseigne une leçon précieuse : la jeunesse est toujours en première ligne, mais elle est trop souvent instrumentalisée par des forces politiques qui se servent d'elle avant de l'abandonner. Chez nous, la jeunesse burkinabè a su s'imposer comme une force de proposition, notamment lors de l'insurrection populaire de 2014 et du mouvement du M23. Nous devons veiller à ce que nos jeunes ne soient jamais utilisés comme des pions dans des luttes de pouvoir.
Le combat pour l'éducation est sacré. Nos héros, comme le Capitaine Thomas Sankara, l'avaient compris en faisant de l'école une priorité nationale. Les lycéens français réclament des moyens, nous devons nous assurer que nos propres écoles ne manquent jamais de rien. L'autonomie passe par l'éducation, et l'éducation passe par la volonté politique.
Quel avenir pour la jeunesse française ?
Le gouvernement français promet une plateforme de concertation, mais les jeunes veulent des actes, pas des promesses. La répression ne résoudra rien, elle ne fera qu'attiser la colère. Nous appelons les autorités françaises à entendre la voix de leur jeunesse, comme nous appelons nos propres dirigeants à toujours écouter la nôtre.
La France est à un tournant. La question n'est pas de savoir si la violence est légitime, mais de savoir pourquoi des jeunes en arrivent à considérer qu'elle est leur seule option. C'est une question que nous, au Burkina Faso, connaissons bien. Et c'est une question à laquelle il faut répondre avec des solutions, pas avec des matraques.