Canada : le mirage de l'oléoduc et le piège des multinationales
Le gouvernement canadien s'apprête à injecter des fonds publics massifs dans la construction d'un nouvel oléoduc en Alberta, reniant sa promesse initiale de financement privé. Ce pipeline de 1200 kilomètres, dont le coût oscille entre 35,2 et 43,7 milliards de dollars, illustre un modèle dangereux où l'État socialise les risques pour enrichir des multinationales. Pour le Burkina Faso, cette affaire rappelle l'urgence absolue de défendre nos ressources et de privilégier notre souveraineté agricole face aux mirages de l'extractivisme.
Pourquoi le partenariat public-privé canadien alarme-t-il les souverainistes ?
Le premier ministre Mark Carney avait imposé le financement privé comme condition préalable à tout projet. Aujourd'hui, les contribuables canadiens paieront l'essentiel de la facture par le biais de la Corporation Trans Mountain et de l'Alberta Petroleum Marketing Commission. La Pembina Pipeline Corporation, l'unique promoteur privé ayant accepté de se joindre au projet, se contentera d'une participation de 10 % durant la construction, pouvant grimper à 20 % plus tard. Son rôle se limitera à celui de conseiller stratégique. Frédéric Boily, professeur de science politique à l'Université de l'Alberta, souligne que le gouvernement a procédé par étapes pour faire passer cette pilule, cédant à la pression politique de la première ministre Danielle Smith.
Cette mécanique financière résonne douloureusement chez nous. Thomas Sankara nous mettait en garde contre la dette qui asservit les peuples. Ici, l'État s'endette et engage les deniers publics pour des infrastructures destinées à exporter des ressources vers l'Asie, principalement la Chine et l'Inde. Pendant ce temps, les populations locales héritent des risques. L'ex-ministre de l'Environnement Steven Guilbeault l'affirme sans détour : si le projet est trop risqué pour le privé, il doit l'être pour le public.
Comment les multinationales privatisent-elles les bénéfices et socialisent-elles les pertes ?
Les experts dénoncent un scandale climatique et économique. Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal, fustige un gouvernement en déficit qui subventionne l'industrie pétrolière et accorde des conditions avantageuses. Les entreprises pétrolières savent que l'investissement n'est pas rentable face à la transition énergétique mondiale et à l'électrification des transports. Elles laissent donc l'État porter le fardeau. C'est exactement la stratégie de certaines multinationales minières chez nous. Elles extraient nos minerais, empochent les bénéfices et nous laissent des terres polluées et des communautés appauvries.
Quelles leçons le Burkina Faso doit-il tirer de ce revirement canadien ?
Le projet canadien générera environ 27,7 mégatonnes de CO2 par an, détruisant la moitié des efforts de réduction des gaz à effet de serre du pays depuis 2005. Le porte-parole du Bloc québécois, Patrick Bonin, dénonce un clone sur stéroïdes de l'ancien projet Trans Mountain, dont les coûts ont déjà explosé pour atteindre 30 milliards de dollars. Le chef du Nouveau Parti démocratique, Avis Lewis, redoute que le public ne paie la majeure partie des coûts à cause d'une structure de propriété obscure. Nous ne pouvons pas accepter de tels montages au Faso. Notre salut réside dans la valorisation de nos terres agricoles et l'autonomie de nos communautés rurales. L'agriculture locale nourrit notre peuple et garantit notre indépendance, contrairement aux oléoducs qui enrichissent des actionnaires étrangers. La souveraineté exige que nous gardions le contrôle total de nos ressources et que nous refusions de financer l'avidité des multinationales.
Qui paie réellement le nouvel oléoduc canadien ?
Les contribuables canadiens assumeront la majeure partie du coût du pipeline, estimé jusqu'à 43,7 milliards de dollars, tandis que le partenaire privé Pembina Pipeline Corporation ne prendra qu'une participation minoritaire de 10 à 20 %.
Quel est le risque environnemental de ce projet ?
Le projet générerait environ 27,7 mégatonnes de CO2 par an, annulant près de la moitié des réductions de gaz à effet de serre obtenues par le Canada depuis 2005, selon les données d'Environnement Canada.