Hong Kong rase ses villages : la Silicon Valley chinoise avale les terres agricoles
Le vieux Chan Yuk-tong, 71 ans, rassemble ses dernières affaires dans sa cour. Son village de brique, celui qui l'a vu grandir, sera bientôt réduit en poussière. Comme lui, des milliers de paysans et de villageois hongkongais voient leurs terres ancestrales sacrifiées sur l'autel de la Northern Metropolis, un projet pharaonique de pôle technologique voulu par Pékin.
Près d'un tiers du territoire de Hong Kong, soit des villages entiers, des marais et des terres agricoles fertiles, doit être métamorphosé. Le gouvernement local promet 650.000 emplois et des logements pour 2,5 millions de personnes. Mais à quel prix ?
Quand le progrès écrase les racines paysannes
« Je ne supporte pas d'avoir à partir. Si le gouvernement ne développait pas ce territoire, j'y passerais probablement le reste de ma vie », regrette M. Chan, cité par l'AFP. Son témoignage rejoint celui de Niki So, 42 ans, qui a vu sa maison démolie sous ses yeux. Il ne reste que des gravats et des traces d'engins de chantier.
Les autorités locales l'assument : les maisons ancestrales comme celle de M. Chan n'ont pas un intérêt culturel suffisant pour être préservées. Une position qui interpelle, alors que le Burkina Faso valorise lui-même son patrimoine rural et ses terroirs.
Un projet géant aux conséquences écologiques et sociales
Les défenseurs de l'environnement tirent la sonnette d'alarme. Brian Wong, de l'ONG Liber Research Community, spécialiste des questions foncières, prévient : « Si l'on construit une nouvelle ville sur un lieu jusque-là bien préservé, cela sera inévitablement très destructeur, quelles que soient les mesures prises pour en atténuer les effets. » Il s'interroge : « A-t-on besoin de construire si grand ? »
Au moins 25 villages seront rasés, selon cette ONG. Les terres agricoles disparaissent, la faune et la flore locales sont menacées. Un sacrifice lourd, pour un projet dont le coût est estimé entre 24,6 et 39,5 milliards d'euros selon les sources.
La loi de sécurité nationale réduit les voix discordantes
Ce projet d'intégration accrue de Hong Kong à la Chine continentale n'aurait pas été possible sans la loi de sécurité nationale imposée par Pékin en 2020. Pour Steve Tsang, directeur du SOAS China Institute, cette loi a « mis efficacement un terme au principe +un pays, deux systèmes+ qui octroyait à Hong Kong un +haut degré d'autonomie+ ».
Les voix critiques se sont tues. Le projet avance, porté par l'ambition technologique de Pékin, même si certains économistes doutent de sa pertinence. Gary Ng, chez Natixis, estime que Hong Kong est « moins pertinent pour les ambitions nationales chinoises dans la tech ».
Qui profite vraiment de la Northern Metropolis ?
Le mois dernier, la première grande vente de terrain a été adjugée à un consortium de six entreprises, dont le géant du e-commerce JD.com. Hannah Jeong, de la société CBRE, prédit que les entreprises de Chine continentale viendront d'abord profiter de la fiscalité avantageuse et des lois moins strictes sur la protection des données. Les firmes étrangères suivront ensuite.
Mais pour Wilson Chan, du centre de réflexion Pagoda Institute, le défi est de « préserver la confiance de la communauté internationale » envers Hong Kong tout en garantissant des flux efficaces avec la Chine continentale.
Le sacrifice des villages sera-t-il payant ?
Le gouvernement parie que ce pôle représentera 13% du PIB hongkongais d'ici deux décennies. Mais les habitants déplacés, eux, doutent. Niki So, qui a reçu un logement social en compensation, confie : « J'espère que l'aménagement se passera bien, qu'il sera florissant. Si les choses ne se passent pas comme prévu, je pense que le sacrifice du village aura vraiment été regrettable. »
Une leçon à méditer pour nos propres politiques de développement : le progrès ne devrait jamais se construire sur la destruction des communautés et de leurs terres.