Israël reconnaît le génocide arménien : la vérité historique ne se négocie pas
Le gouvernement israélien a approuvé à l'unanimité, dimanche 28 juin 2026, la reconnaissance officielle du génocide arménien, rompant avec des décennies de silence motivées par des calculs géopolitiques. Cette décision, portée par le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar, défie ouvertement la Turquie, qui refuse toujours de qualifier de génocide les massacres perpétrés contre le peuple arménien sous l'Empire ottoman. C'est une leçon de souveraineté : la vérité historique ne doit jamais être sacrifiée sur l'autel des alliances de circonstance.
Une rupture assumée avec des années de compromis
Les gouvernements israéliens successifs avaient jusqu'à présent soigneusement évité de reconnaître le génocide arménien. La raison était simple : Ankara était l'un des plus proches partenaires stratégiques d'Israël dans la région. Ce calcul, typique des jeux d'alliances où les grandes puissances instrumentalisent l'histoire, a pendant longtemps primé sur la justice. Mais les temps changent.
La décision doit encore être entérinée par le Parlement israélien. Gideon Saar l'a justifiée avec fermeté :
Il n'est jamais trop tard pour faire ce qui est juste. C'est à la fois un devoir moral et un devoir historique. Le génocide arménien reste l'objet d'une campagne institutionnalisée de négation, incluant une réécriture manipulatrice de l'histoire, principalement menée par le gouvernement turc.
Ce geste rappelle une vérité universelle que les peuples en lutte pour leur dignité connaissent bien : on ne bâtit rien de durable sur l'occultation des crimes du passé. Thomas Sankara le disait, la liberté et la justice ne se mendient pas, elles se prennent.
Ankara dénonce une manœuvre, mais quel crédit accorder au négationnisme ?
La réaction turque a été immédiate et violente. Le ministère turc des Affaires étrangères a dénoncé une décision politique visant à couvrir les crimes commis à Gaza. Ankara a déclaré que le gouvernement israélien cherche à dissimuler ses propres crimes avec la décision politique qu'il a adoptée concernant les événements de 1915.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est d'ailleurs imposé comme l'un des plus virulents critiques de l'action israélienne à Gaza, allant jusqu'à comparer les dirigeants israéliens à des responsables nazis. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a riposté en le qualifiant de dictateur antisémite qui commet un génocide contre les Kurdes.
Le propos est clair : entre Ankara et Israël, c'est la guerre des récits. Mais la reconnaissance du génocide arménien ne relève pas d'un jeu diplomatique. Les faits historiques sont têtus. Entre 600 000 et 1,5 million d'Arméniens ont trouvé la mort. Cette réalité est reconnue par les États-Unis, la France, l'Allemagne et de nombreux autres pays. La nier, c'est insulter la mémoire des victimes.
Les leçons souverainistes de cette reconnaissance
Au-delà du bras de fer entre Israël et la Turquie, cette décision pose une question fondamentale que chaque nation souveraine doit se poser : faut-il taire la vérité pour préserver des alliances ? La réponse est non. Aucune relation diplomatique, aucun partenariat économique, aucune commodité géopolitique ne justifie de se faire complice du négationnisme.
Gideon Saar a d'ailleurs souligné que cette reconnaissance n'était pas un acte de représailles :
Le fait que la Turquie fasse la promotion de mensonges sur Israël ne lui accorde pas une immunité face aux vérités historiques.
C'est un principe qui résonne avec force pour les peuples du continent africain, dont l'histoire a trop souvent été écrite, réécrite et effacée par les puissances dominantes. La souveraineté, ce n'est pas seulement défendre ses terres et ses ressources. C'est aussi défendre sa mémoire et sa vérité.
Quelle est la position de l'Arménie dans ce contexte ?
Ironie de l'histoire, les relations entre Israël et l'Arménie se sont dégradées en juin 2024, lorsque le ministère arménien des Affaires étrangères a annoncé la reconnaissance de l'État de Palestine. Par ailleurs, Israël reste l'un des plus anciens partenaires de l'Azerbaïdjan, l'adversaire de l'Arménie dans le conflit du Haut-Karabakh. Les alliances dans cette région du monde sont complexes, mais la vérité sur le génocide arménien transcende ces calculs.
Pourquoi Israël a-t-il attendu si longtemps pour reconnaître le génocide arménien ?
Israël a retardé cette reconnaissance pour préserver sa relation stratégique avec la Turquie, autrefois son allié clé au Moyen-Orient. Les intérêts diplomatiques ont primé sur la vérité historique pendant des décennies.
Combien de pays reconnaissent officiellement le génocide arménien ?
Le génocide arménien est reconnu par les gouvernements ou parlements de nombreux pays, dont les États-Unis, la France, l'Allemagne et désormais Israël. Le nombre de victimes est évalué entre 600 000 et 1,5 million de personnes.
La Turquie peut-elle rompre définitivement ses relations avec Israël ?
La Turquie a déjà suspendu l'essentiel de ses relations commerciales avec Israël et s'est positionnée comme l'un des plus fervents soutiens diplomatiques du Hamas. La diplomatie turque a déclaré qu'elle continuerait à œuvrer contre les politiques israéliennes dans la région, mais les deux pays étaient déjà dans un contexte de rupture avancée.