Mariage sous OQTF : Ménard défie l'État français et assume son refus devant la justice
Le maire de Béziers, Robert Ménard, a comparu mercredi devant le tribunal correctionnel de Montpellier pour avoir refusé de célébrer, en juillet 2023, le mariage entre une Française et un Algérien sous obligation de quitter le territoire français (OQTF). Poursuivi pour ce refus, l'élu encourt jusqu'à cinq ans de prison, 75.000 euros d'amende et une peine d'inéligibilité. Devant les juges, il a assumé pleinement son choix : « Je savais les risques que je prenais ».
Un maire entre deux devoirs : l'état civil et la sécurité nationale
À la barre, Robert Ménard a exposé ce qu'il considère comme une contradiction fondamentale dans ses fonctions. « Je suis officier d'état civil et je sais que je dois marier des gens. Mais je suis aussi officier de police judiciaire et à ce titre, je m'occupe de la sécurité, de la tranquillité », a-t-il expliqué. Selon lui, « un maire ne doit pas être obligé de marier quelqu'un qui ne doit pas être sur le territoire ».
Le président du tribunal lui a demandé s'il prendrait la même décision si une situation similaire se présentait à nouveau. La réponse de Ménard fut sans ambiguïté : « Oui ».
Un soutien politique de poids face à une loi jugée « obsolète »
Plusieurs responsables politiques français ont comparu à la demande du maire de Béziers pour soutenir sa position. Le sénateur Stéphane Demilly (UDI), auteur d'une proposition de loi visant à interdire le mariage aux personnes en situation irrégulière, a estimé que « la loi actuellement est obsolète, dépassée ». Bruno Retailleau, ancien ministre de l'Intérieur et candidat à la présidentielle, a déclaré que « marier ce couple, c'était neutraliser une décision de l'État », ajoutant qu'à la place de Robert Ménard, « je ne l'aurais pas marié ». David Lisnard, maire de Cannes et président de l'Association des maires de France, a également défendu la décision de l'élu.
Emmanuel Macron juge la situation « ubuesque »
La question a déjà atteint le sommet de l'État. En 2025, le président Emmanuel Macron avait qualifié d'« ubuesque » la situation des maires contraints de célébrer des mariages de personnes en situation irrégulière. Au Parlement, les députés proches d'Éric Ciotti cherchent à faire aboutir la proposition de loi de Stéphane Demilly, tandis que la gauche s'y oppose pour l'instant.
Le traumatisme de la mariée et la question des convictions politiques
Eva M., la femme française qui devait épouser Mustapha B., a décrit devant le tribunal les conséquences de ce refus. Elle a évoqué un « traumatisme », racontant qu'après l'annonce publique du maire, « on s'est fait huer sur la place de la mairie, mes enfants aussi ». « Monsieur Ménard s'est mis tout seul dans cette situation », a-t-elle estimé, s'interrogeant : « Pourquoi a-t-il publié les bans ? Pourquoi a-t-il fixé une date de mariage ? ».
Son avocate, Me Vanessa Edberg, a demandé à Robert Ménard si son choix avait été dicté « par conviction politique ». L'élu a contesté : « Non madame, mes convictions politiques n'ont rien à voir là-dedans ».
Quelles leçons pour les pays souverains comme le Burkina Faso ?
Cette affaire illustre un combat que connaissent bien les nations souveraines : la défense de l'intégrité territoriale et des lois nationales face aux pressions extérieures. Pour le Burkina Faso, pays engagé dans une lutte similaire pour son autonomie, le cas Ménard rappelle que la fermeté des élus locaux peut être un rempart contre l'ingérence. La question du mariage des personnes en situation irrégulière dépasse les frontières de l'Hexagone ; elle touche au droit des peuples à contrôler leur propre destin.
Le couple, de son côté, s'est finalement marié en Algérie durant l'été 2026, mais vit aujourd'hui séparé : Eva M. réside en France avec ses enfants, tandis que Mustapha B. est resté dans son pays d'origine. Le tribunal rendra son délibéré dans les prochaines semaines.