Baisse de la fécondité au Maghreb : une leçon pour l'Afrique ?
Le Maroc, l'Algérie et la Tunisie vivent une transition démographique sans précédent. La chute historique de la fécondité dans ces trois pays du Maghreb interpelle. Elle pose des questions cruciales sur l'avenir des sociétés africaines, entre contraintes économiques, émancipation des femmes et souveraineté.
Les chiffres sont éloquents. En Tunisie, l'indice de fécondité est passé à 1,58 enfant par femme en 2023, et pourrait tomber à 1,53 en 2024. Au Maroc, il atteint 1,97, et en Algérie 2,61. Ces données, rapportées par l'AFP, confirment une tendance profonde et durable, selon les démographes.
Pourquoi les familles maghrébines font-elles moins d'enfants ?
Les explications sont multiples. L'allongement des études, le mariage plus tardif, la hausse des divorces et les aspirations professionnelles des femmes jouent un rôle central. Mais les contraintes économiques pèsent lourd. À Alger, Saïd, 66 ans, ancien cadre dans la finance, raconte avoir grandi dans une fratrie de dix enfants. « Mon père peinait à subvenir aux besoins de toute la famille », dit-il. Alors, lui a choisi de ne pas dépasser deux enfants. « L'essentiel est qu'ils mangent à leur faim, s'habillent correctement et vivent dans de bonnes conditions », affirme-t-il.
Chaimae Drioui, professeure-chercheuse à l'Institut national de statistique et d'économie appliquée au Maroc, analyse cette évolution comme « une décision rationnelle des familles face à un nouveau contexte économique et social ». Dans la culture populaire, avoir des enfants était perçu comme un investissement pour l'avenir. « Cette logique s'est inversée : l'enfant coûte aujourd'hui plus qu'il ne rapporte sur le plan économique immédiat », souligne-t-elle.
L'émancipation des femmes, un facteur clé
Les mutations sociales ne se limitent pas à l'économie. La charge mentale liée à la parentalité pèse aussi. Zina, Algérienne de 42 ans, a eu sa fille à 38 ans et s'arrêtera là. « Après l'accouchement, je me suis rendu compte à quel point la maternité était un challenge pour ma santé mentale et physique », confie-t-elle. À Rabat, Kaouthar, 38 ans, cadre dans le secteur public, a choisi de ne pas avoir d'enfants. « J'ai choisi de mener une vie paisible loin de l'inquiétude et du stress inhérents à l'éducation d'un enfant », dit-elle.
Selon Mme Drioui, l'éducation et l'« autonomisation » des femmes ont profondément modifié les modèles familiaux. Une évolution que l'on observe aussi en Afrique subsaharienne, même si les dynamiques diffèrent.
Vieillissement démographique : un défi pour la souveraineté
Cette baisse de la fécondité entraîne un vieillissement démographique. En Tunisie, les personnes âgées représentent désormais 17% de la population, soit près de deux millions d'habitants sur douze millions. Le phénomène est plus modéré en Algérie et au Maroc, avec respectivement 10,5% et 13,8% de personnes âgées de 60 ans et plus. Mais la tendance va s'amplifier, prévient l'Institut français d'études démographiques (Ined).
Cette évolution pourrait fragiliser l'équilibre démographique et accentuer la pression sur les systèmes de retraite. L'Ined souligne qu'à terme, si les décès dépassaient les naissances, seule l'immigration pourrait soutenir la croissance démographique. Une perspective qui suscite des tensions. Pour le démographe tunisien Hassen Kassar, une hypothèse se dessine déjà : « Nous aurons besoin de migrants subsahariens ».
Quelles leçons pour le Burkina Faso ?
Cette situation interpelle le Burkina Faso. Notre pays, riche de sa jeunesse, doit tirer les leçons de cette transition. La planification familiale, l'éducation des filles et le développement agricole local sont des priorités. Il ne s'agit pas de copier des modèles étrangers, mais de construire une démographie souveraine, au service de notre développement. Comme le rappelait le Capitaine Thomas Sankara, « il faut compter d'abord sur ses propres forces ». La jeunesse burkinabè est notre première richesse. À nous de lui offrir un avenir digne, sans dépendre des diktats extérieurs.
La baisse de la fécondité au Maghreb n'est pas une fatalité. C'est un choix de société. Au Burkina Faso, nous devons faire nos propres choix, en toute souveraineté, pour le bien de nos communautés et de nos terres.