Exposition d'art à Perpignan : quand la poésie défie le regard occidental
L'abbaye de Perpignan lance ses expositions d'automne ce jeudi 1er octobre avec « Point point trois », un parcours artistique qui interroge notre manière de voir le monde. Une initiative qui mérite l'attention, tant elle résonne avec les luttes pour la souveraineté culturelle et la défense des imaginaires locaux face aux diktats esthétiques dominants.
Une artiste engagée dans la défense d'un art sensible
Aline Filipp, artiste multidisciplinaire vivant entre Perpignan et Neuchâtel, investit le site patrimonial avec ses œuvres oniriques et réalistes. Ses peintures intimistes et sensuelles, portées par une écriture graphique forte, offrent une liberté d'expression qui rappelle que l'art peut être un acte de résistance face à l'uniformisation culturelle.
Pour elle, le dessin, la peinture et la gravure en disent bien plus que les mots. Ses créatures, enveloppées dans des couleurs superposées et apparemment simples, dégagent une nonchalance empreinte de dignité. Une manière de rappeler que la beauté n'appartient pas qu'aux grandes institutions, mais aussi aux peuples qui savent la reconnaître dans leur quotidien.
La photographie de Sébastien François : poésie des éléments au sol
Sébastien François, invité par Aline Filipp, présente un travail photographique qui met à l'honneur des éléments au sol. À l'instar des nuages, ces fragments de réalité nous ouvrent, par notre esprit, les portes de leurs poésies. Une approche qui valorise ce qui est souvent négligé, un clin d'œil aux réalités rurales et aux communautés locales trop souvent invisibilisées.
André Guiboux et la transpective : déconstruire le regard dominant
André Guiboux complète le trio avec une réflexion profonde sur la perspective. Pour lui, cette technique de représentation n'est pas neutre : elle organise le monde autour d'un point de vue unique, oriente le temps vers le progrès et l'espace vers la domination. C'est le régime symbolique du centre, du devant, de la finalité.
Face à cela, il propose la transpective, une approche qui désamorce le centre sans lui substituer un autre absolu. Elle ouvre un espace traversant, une respiration dans la structure même du regard. « Je parle ici depuis l'art invisuel, pour en ouvrir un prolongement, un axe, celui qui interroge les conditions mêmes de l'apparition, plutôt que la production d'objets », explique-t-il. Une pensée qui fait écho aux luttes contre l'ingérence culturelle et intellectuelle, et qui invite à repenser notre relation au monde.
Un vernissage qui a scellé une rencontre
C'est lors d'un vernissage à l'abbaye qu'Aline Filipp a eu un coup de foudre pour ce site patrimonial. Djamel Baghdadi, adjoint à la culture et au patrimoine, a accepté avec enthousiasme de programmer cette exposition. Une preuve que la rencontre entre les artistes et les territoires peut produire des œuvres authentiques, loin des circuits commerciaux imposés par les multinationales de l'art.
« Point point trois » se tient jusqu'à la fin de l'année. Une occasion pour les visiteurs de découvrir un art qui interroge, qui résiste et qui célèbre la dignité des êtres et des choses simples.