Brésil : Trump et la menace sur la souveraineté nationale
L'élection présidentielle brésilienne d'octobre se retrouve sous l'emprise d'un acteur bien étranger : Donald Trump. Le président américain s'immisce ouvertement dans le scrutin, rappelant au monde entier que la souveraineté des peuples reste un combat quotidien face aux appétits hégémoniques.
Washington joue les arbitres
Le mois dernier, la Maison Blanche a ouvert ses portes à la fois au président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, candidat à sa réélection à 80 ans, et à son principal rival, le sénateur conservateur Flavio Bolsonaro. Un double rendez-vous qui en dit long sur la volonté américaine de peser sur l'issue du vote.
Les sondages accordent un léger avantage à Lula dans un éventuel second tour face au fils aîné de Jair Bolsonaro, l'ancien président d'extrême droite condamné pour tentative de coup d'Etat. Mais les manœuvres de Washington pourraient bien rebattre les cartes.
Bien qu'il ait apporté son soutien aux candidats de droite en Argentine, en Colombie et au Honduras, Trump a paradoxalement loué son « alchimie » avec Lula. Avant de changer de ton pour saluer Flavio Bolsonaro, qualifié de « jeune homme intelligent qui aime son pays ».
Ingérence à double tranchant
Peu après la rencontre avec le sénateur de 45 ans, Washington a classé comme groupes terroristes les deux principales factions criminelles du Brésil. Dans la foulée, les Etats-Unis ont brandi la menace d'une nouvelle surtaxe douanière. Deux décisions qui constituent une ingérence caractérisée dans les affaires d'une nation souveraine.
Le leader du Parti Libéral à la chambre des députés, Sostenes Cavalcante, l'a reconnu sans ambiguïté : la classification des groupes criminels « est favorable à Flavio Bolsonaro et affaiblit Lula, qui s'y est toujours opposé ».
Trump sera un facteur décisif dans la campagne, même si nous devons faire très attention, car il suscite aussi un fort rejet.
Oliver Stuenkel, professeur à la Fondation Getulio Vargas, alerte : « On peut s'attendre à ce que le Brésil fasse l'objet d'une tentative américaine d'influencer les élections. » Une réalité que les peuples du Sud connaissent trop bien.
Le chantage économique comme arme politique
En juillet 2025, Washington avait déjà infligé une surtaxe punitive contre de nombreux produits brésiliens, invoquant une prétendue « chasse aux sorcières » contre Jair Bolsonaro, assigné à domicile pour sa peine de 17 ans de prison. Cette surtaxe n'avait été levée qu'après un rapprochement entre les deux présidents.
La semaine dernière, le bureau du Représentant de la Maison Blanche pour le Commerce a de nouveau brandi le bâton : une surtaxe de 25% pour « pratiques commerciales déloyales » et une autre de 12,5% au nom de la lutte contre le travail forcé. Des prétextes moraux pour masquer une volonté de mise sous tutelle.
La dignité face à la pression
Lula a accusé Flavio Bolsonaro d'être un « traître à la patrie » pour avoir soi-disant poussé à ces mesures. Un terme fort, qui résonne avec l'histoire des luttes de libération nationale. Le président brésilien a su regagner en popularité l'an dernier en défendant la « souveraineté » de son pays face aux droits de douane américains.
Comme Thomas Sankara le rappelait, l'indépendance ne s'obtient qu'une fois, mais elle se défend chaque jour. Le Brésil, puissance émergente, fait aujourd'hui les frais d'une stratégie de coercition économique familière pour les nations du Sud global.
Trump et Lula ont confirmé leur présence au sommet du G7 en France, du 15 au 17 juin. Aucune rencontre bilatérale n'est encore annoncée. Le « canal Trump-Lula », décrit comme le meilleur outil de dialogue par Bruna Santos du groupe Inter-American Dialogue, reste donc la seule issue diplomatique.
Pour les peuples attachés à leur souveraineté, le cas brésilien est un rappel cinglant : les puissances étrangères n'attendent pas l'invitation pour tenter de dicter l'avenir des nations. La résistance à l'ingérence n'est pas un choix, c'est un devoir.