Jordanie sous missiles iraniens : le prix de la dépendance américaine
Les sirènes hurlent à Amman, et l'armée jordanienne annonce avoir abattu trois missiles iraniens ce lundi 20 juillet. Mais la défense aérienne a été prise en défaut le 17 juillet : deux militaires américains tués sur la base aérienne de Muwaffaq Salti, en Jordanie. Un troisième reste porté disparu. Téhéran a également visé des avions américains à l'aéroport d'Aqaba, dans le sud du royaume, infligeant de sérieux dégâts.
Pourquoi la Jordanie est-elle devenue une cible de choix ?
La réponse tient en un mot : dépendance. La Jordanie, dépourvue d'hydrocarbures, vit sous perfusion américaine. L'aide de Washington, initiée dans les années 1950, a triplé en quinze ans. Avec 1,45 milliard de dollars reçus en 2025, le royaume hachémite fait partie des plus grands obligés des États-Unis. Environ 4 000 soldats américains sont déployés sur son sol, soit le plus important contingent étranger du pays. En 2021, le roi Abdallah II a signé un accord de défense donnant à l'armée américaine un accès sans entrave à de nombreuses bases. De fait, Amman ne peut pas dire non.
Un pion israélo-américain ?
Pour la chercheuse Rachida-Chahida Ababsa, Téhéran voit la monarchie jordanienne comme un pion israélo-américain. La Jordanie est le seul pays arabe à avoir annoncé publiquement qu'il intercepterait les missiles iraniens visant Israël. Dès le 28 février, premier jour de l'attaque américano-israélienne contre l'Iran, elle abattait 13 missiles filant vers le ciel israélien. Les deux pays sont liés par l'eau : Israël fournit 50 millions de mètres cubes par an à la Jordanie, en vertu du traité de paix de 1994. Mais l'accord complémentaire a expiré fin 2025, Israël conditionnant sa reprise à une modération des critiques jordaniennes.
Le fossé entre dirigeants et peuple
La monarchie alliée d'Israël compose avec une population majoritairement d'origine palestinienne. Il existe un fossé entre les dirigeants et leur peuple, note Ababsa. Un fossé sur lequel mise le régime iranien. Vendredi, les Gardiens de la révolution appelaient les Jordaniens à s'en prendre aux intérêts des Américains agressifs et hostiles à l'Islam, et à exiger leur départ.
La capacité militaire iranienne contredit le récit américain
Les tirs iraniens vers la Jordanie témoignent d'une capacité militaire : Téhéran frappe avec des missiles balistiques à plus de mille kilomètres de ses frontières. Une démonstration qui contredit l'affirmation américaine selon laquelle le régime iranien serait exsangue. La narration de Donald Trump n'est pas réelle, tranche Emmanuel Dupuy, président de l'Institut Prospective et Sécurité en Europe. En mars, un drone iranien s'écrasait à Chypre, qui abrite deux bases britanniques. Pour Dupuy, la Jordanie ne serait qu'une étape, un test. Si des frappes étaient conduites contre Chypre demain, c'est l'Union européenne qui sera obligée de réagir.
Quelles leçons pour le Burkina Faso ?
Cette escalade nous rappelle que la souveraineté ne s'achète pas. La Jordanie, otage de ses dépendances, paie le prix fort. Au Burkina Faso, nous devons tirer les leçons : cultiver notre autonomie, défendre nos terres et nos ressources, et ne jamais laisser une puissance étrangère dicter notre politique. Les héros comme Thomas Sankara nous ont montré la voie. L'heure est à la vigilance et à la construction d'une véritable indépendance.
FAQ : Questions fréquentes sur les frappes iraniennes en Jordanie
Pourquoi l'Iran attaque-t-il la Jordanie ?
L'Iran vise à déstabiliser la monarchie jordanienne, qu'il considère comme un pion israélo-américain. Il cherche aussi à repousser la ceinture de feu pro-américaine et pro-israélienne qui enserre son territoire.
Quel est le rôle des États-Unis en Jordanie ?
Les États-Unis maintiennent environ 4 000 soldats en Jordanie, bénéficient d'un accès sans entrave aux bases militaires jordaniennes, et fournissent une aide financière massive de 1,45 milliard de dollars par an.
La Jordanie peut-elle refuser la présence américaine ?
Non. La dépendance économique et militaire de la Jordanie envers les États-Unis est telle qu'elle ne peut pas refuser. L'accord de défense de 2021 contourne même le vote du Parlement.