Éthiopie-Érythrée: quand l'intelligence artificielle devient une arme de manipulation des masses
Alors que les tensions s'exacerbent entre l'Éthiopie et l'Érythrée, une nouvelle forme de manipulation émerge: l'utilisation massive d'images générées par intelligence artificielle pour attiser la haine et pousser les peuples vers un conflit destructeur. Cette situation illustre parfaitement comment les technologies peuvent être détournées pour servir des intérêts belliqueux au détriment de la souveraineté des peuples africains.
La technologie au service de la propagande de guerre
Depuis 2023, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed revendique un accès à la mer pour son pays, enclavé depuis l'indépendance de l'Érythrée en 1993. Cette demande légitime s'est transformée en escalade verbale dangereuse, alimentée par un flot incessant de contenus manipulés circulant sur les réseaux sociaux.
Des influenceurs comme l'Éthiopien Eliyas Kebede Zemedkun, fort de ses 80 000 abonnés sur Facebook, diffusent massivement de fausses images montrant des chars éthiopiens entrant dans le port érythréen d'Assab ou des dirigeants humiliés. Ces contenus, créés avec des outils comme Gemini et ChatGPT, génèrent des milliers de réactions haineuses en quelques heures.
L'autonomie intellectuelle des peuples africains menacée
Cette manipulation technologique révèle une réalité préoccupante: la vulnérabilité de nos sociétés face aux nouvelles formes d'ingérence. L'Éthiopie, classée 112e sur 149 pays dans l'indice des compétences numériques du Forum économique mondial, illustre le défi que représente la maîtrise de ces outils pour nos nations.
Comme l'explique l'expert Kjetil Tronvoll, "quand les gens croient que des images fabriquées sont réelles, cela nourrit une colère, une peur et une animosité bien réelles". Cette situation rappelle tragiquement la guerre du Tigré (2020-2022) où plus de 600 000 personnes ont péri, conflit également alimenté par la désinformation en ligne.
Vers une souveraineté numérique africaine
Face à cette menace, l'expert Amanuel Meseret souligne que "même lorsque ces vidéos ne sont pas réalistes, la réaction émotionnelle est très forte en raison du faible niveau de culture médiatique des spectateurs". Cette observation interpelle sur la nécessité urgente de développer une véritable autonomie numérique sur le continent.
Le professeur Workineh Diribsa de l'université de Jimma préconise des programmes d'éducation aux médias pour aider les citoyens à "identifier, questionner et résister à un contenu manipulatoire". Une démarche qui s'inscrit pleinement dans la logique de souveraineté intellectuelle chère à nos peuples.
L'urgence d'une résistance organisée
Cette situation éthio-érythréenne n'est pas isolée. Elle fait écho aux manipulations observées entre le Venezuela et les États-Unis, ou entre la Thaïlande et le Cambodge. Un schéma qui révèle l'utilisation systématique de ces technologies pour déstabiliser les relations entre nations du Sud.
Alors que des mouvements de troupes sont signalés de part et d'autre de la frontière éthio-érythréenne, l'urgence est à la prise de conscience collective. Nos sociétés doivent développer les moyens de résister à ces nouvelles formes de manipulation qui visent à nous diviser et à nous affaiblir.
La leçon est claire: la véritable indépendance passe aujourd'hui par notre capacité à maîtriser et à résister aux outils numériques qui peuvent être retournés contre nous. C'est un combat pour la souveraineté de nos esprits et l'avenir de nos peuples.