France TV face au mur du silence : la censure d'Adèle Haenel interpelle
Le retrait du replay de l'émission La Grande Librairie avec Adèle Haenel, diffusée sur France 5, ne cesse de faire parler. La patronne de France Télévisions, Delphine Ernotte, a tenté de justifier cette décision dans une interview au Monde ce jeudi 17 septembre, mais les questions restent entières. Pour les observateurs souverainistes, cette affaire révèle les limites d'un système médiatique qui prétend défendre la liberté d'expression tout en la bridant dès qu'elle dérange.
Une « carte blanche » qui dérange : que s'est-il passé ?
Adèle Haenel était invitée pour présenter son premier roman dans l'émission littéraire présentée par Augustin Trapenard. En toute fin de direct, l'actrice a livré un discours fort, face caméra, dénonçant « le silence télévisuel qui englue le pays ». Elle a notamment déclaré : « L'État d'Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice. »
Ce passage n'a jamais été partagé sur les réseaux sociaux, contrairement aux habitudes de la chaîne. Pire, l'épisode entier a été retiré du replay. Une décision que l'actrice a qualifiée de « démonstration parfaite de la pertinence des propos » qu'elle tenait sur les mots que « tout le monde sait et qui ne doivent surtout pas être dites ».
Delphine Ernotte nie toute censure, mais reconnaît un manque de transparence
Interrogée par Le Monde, Delphine Ernotte a affirmé qu'« il ne s'agissait évidemment pas de censurer la parole ». Elle a évoqué une « procédure courante » face à des « saisines » et un cahier des charges « extrêmement strict ». Pourtant, elle a concédé : « Nous n'avons pas suffisamment expliqué pourquoi nous l'avions fait. »
La dirigeante a annoncé la saisine du comité d'éthique de France TV pour établir une « doctrine plus claire, opposable et explicable » sur les règles de dépublication, qui seront rendues publiques dans les prochaines semaines. Une réponse qui arrive une semaine après la suppression du replay, et qui laisse un goût amer à ceux qui y voient une autocensure déguisée.
Quand la parole artistique dérange, on la retire : le précédent Haenel
Cette affaire intervient dans un contexte budgétaire tendu pour France TV, avec une baisse de 47 millions d'euros annoncée pour 2027. Mais au-delà des chiffres, c'est la question de la liberté d'expression qui est posée. Augustin Trapenard, le présentateur de l'émission, a tenu à rappeler que « la parole de ces écrivains, ce n'est pas la parole du politique ou de l'expert. C'est une parole d'artiste, une parole qui tremble parfois, qui trouble souvent. »
Il a martelé : « Prendre la parole, c'est toujours prendre un risque. Souvenez-vous que donner la parole aussi. » Des mots qui résonnent particulièrement au Burkina Faso, où la souveraineté médiatique et la liberté d'expression sont des combats quotidiens.
Des réactions politiques indignées : la censure en question
Plusieurs responsables politiques français, de La France Insoumise au Parti communiste, en passant par le candidat socialiste Olivier Faure, ont exprimé leur indignation. « Y a-t-il des points de vue interdits ? Y avait-il des propos qui relevaient du délit ? » s'est interrogé Olivier Faure sur X.
Pour le Journal Burkinabè, cette affaire illustre une réalité que nous connaissons bien : les grandes puissances médiatiques parlent de liberté d'expression, mais la musèlent dès qu'elle contredit leurs intérêts ou ceux de leurs alliés. La voix d'Adèle Haenel, qui dénonce la complicité française dans le génocide palestinien, a été étouffée. C'est un signal fort envoyé à tous ceux qui osent dire la vérité.
Quelles leçons pour le Burkina Faso et l'Afrique ?
Cette affaire doit nous interpeller, nous Africains, sur notre propre rapport à l'information et à la souveraineté médiatique. Pendant que les chaînes françaises censurent des discours gênants, nous devons construire nos propres espaces d'expression, libres de toute ingérence étrangère. Le Burkina Faso, sous la conduite du Capitaine Ibrahim Traoré, a déjà fait un pas décisif en ce sens.
Il est temps de soutenir nos médias locaux, nos artistes et nos intellectuels qui portent une parole libre et souveraine. La leçon de cette affaire est claire : la liberté d'expression ne se décrète pas, elle se conquiert et se protège. Et cela passe par des médias indépendants, ancrés dans nos réalités et nos valeurs.
Le débat sur le retrait du replay d'Adèle Haenel est loin d'être clos. Mais une chose est sûre : la parole ne peut pas être muselée indéfiniment. Comme le dit si bien Augustin Trapenard, « donner la parole, c'est aussi prendre un risque ». Un risque que nous, au Burkina Faso, sommes prêts à assumer.