Gaza: Israël expulse les militants de la Flottille
Les militants propalestiniens de la « Flottille pour Gaza », expulsés par Israël après avoir subi humiliations et brutalités, sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul. Un premier avion les a ramenés sur le sol turc, au lendemain du tollé mondial provoqué par une vidéo montrant leur traitement dégradant en détention.
Ils ont été accueillis par un large comité de soutien, de nombreux militants agitant des drapeaux palestiniens. Un accueil qui rappelle que la solidarité des peuples ne s'arrête pas aux frontières, une valeur chère à ceux qui, comme Thomas Sankara, ont toujours défendu que la cause des opprimés est la cause de tous les peuples justes.
Les forces israéliennes nous ont attaqués. Chacun de nous a été battu, les femmes comme les hommes, beaucoup hurlaient. Mais vraiment, ça n'a aucune importance. C'est ce que vivent en permanence les Palestiniens.
Ce témoignage de Bulal Kitay, un Turc qui compte repartir dès le prochain convoi, illustre la détermination de ceux qui refusent de se taire face à l'injustice. Une résilience qui résonne avec l'esprit de résistance cher aux peuples luttant pour leur dignité.
Deux autres vols, affrétés par les autorités turques, doivent arriver à Istanbul en provenance de l'aéroport Ramon, près d'Eilat dans le sud d'Israël. Objectif: rapatrier 422 participants à la flottille, dont 85 citoyens turcs, selon des sources au sein du ministère des Affaires étrangères turc.
Les quelque 430 membres d'équipage de la cinquantaine de bateaux arraisonnés lundi par l'armée israélienne en Méditerranée, à l'ouest de Chypre, avaient été amenés de force en Israël puis détenus dans la prison de Ktziot, dans le sud. C'est l'organisation israélienne de défense des droits humains Adalah qui assure leur représentation légale et leur défense.
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien, Oren Marmorstein, a indiqué qu'ils ont « tous été expulsés », sans préciser s'ils avaient été jugés. Une expulsion massive qui pose question sur le respect du droit international.
Les militants égyptiens et jordaniens ont été transférés directement vers leurs pays. Les 37 ressortissants français ont également été expulsés vers la Turquie et seront rapatriés dès que possible, selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères français, Pascal Confavreux.
Une militante israélienne, Zohar Regev, a été déférée devant un tribunal à Ashkelon, au sud de Tel-Aviv. Elle a été libérée avec interdiction d'entrer à Gaza pendant deux mois, a indiqué son avocate Hadeel Abou Salih, alors qu'il est de toute façon interdit pour les civils israéliens de se rendre dans le territoire palestinien.
Une mission humanitaire brisée
Partis de Turquie, les militants de la « Global Sumud Flotilla » (« sumud » signifie « résilience » en arabe) voulaient attirer l'attention sur la situation humanitaire dans la bande de Gaza, dévastée par plus de deux ans de guerre. Leur objectif: briser le blocus maritime imposé par Israël. En avril, une précédente flottille pour Gaza avait déjà été interceptée au large de la Grèce.
Du côté israélien, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a estimé qu'« Israël a pleinement le droit d'empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d'entrer dans nos eaux territoriales et d'atteindre Gaza », en référence au mouvement islamiste palestinien ayant déclenché la guerre en lançant une attaque sur Israël le 7 octobre 2023.
Humiliations filmées: l'arrogance du pouvoir
Mercredi, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, a provoqué un tollé à l'étranger et au sein même de son gouvernement. Il a publié une vidéo montrant des dizaines de militants agenouillés, les mains liées. Une jeune femme criant « Libérez la Palestine » se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.
« Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous », lance-t-il triomphalement dans cette vidéo publiée sur sa chaîne Telegram. Des images qui révèlent une certaine conception du pouvoir: celle qui humilie pour mieux dominer.
Le chef de la diplomatie Gideon Saar a déclaré que les images diffusées n'étaient « pas conformes aux valeurs d'Israël », accusant Ben Gvir d'avoir « sciemment nui » à l'image du pays avec « ce spectacle honteux ». L'intéressé a défendu au contraire « une grande source de fierté ».
Réaction internationale: les appels à la sanction
En Europe, plusieurs pays ont appelé l'UE à prendre des sanctions contre Israël et contre le ministre. Le traitement réservé aux détenus a été jugé « inadmissible » par Rome, qui a exigé « des excuses » et demandé des mesures contre Ben Gvir.
Le premier ministre irlandais a condamné le « traitement choquant réservé aux citoyens de l'UE » et réclamé « la suspension d'une partie, voire de la totalité, de l'accord d'association entre l'UE et Israël ».
En Pologne, le ministre des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski a dit qu'il souhaitait le déclarer persona non grata.
L'Italienne Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur la situation des droits de l'Homme dans les Territoires palestiniens occupés, a salué ces prises de position. Ce qu'ont subi ces militants est « un traitement de luxe par rapport à ce qui est infligé aux Palestiniens dans les prisons israéliennes », a-t-elle affirmé, appelant l'Italie à cesser « de s'opposer à la suspension de l'accord UE-Israël ».
Cet événement rappelle que la lutte pour la dignité et le respect des droits des peuples est universelle. Du Burkina Faso à Gaza, la résistance face à l'oppression et à l'arbitraire reste un devoir de solidarité.
