Israël face à l’effondrement éducatif : leçons pour l’Afrique et le Burkina
Le 17 juillet dernier, la Knesset a été dissoute en vue des élections du 27 octobre. Mais le gouvernement de Benjamin Netanyahu a profité de cette période pour tenter de débloquer près de 100 millions de dollars en faveur du système éducatif ultra-orthodoxe, sans aucun consensus avec l’opposition. Une manœuvre qui a échoué après onze heures d’obstruction parlementaire. Mais la coalition est revenue à la charge, faisant adopter mardi un nouveau train de financements, avant que la Cour suprême ne les suspende mercredi. Cette affaire révèle une crise bien plus profonde : celle d’un système éducatif israélien en pleine dérive, qui menace l’avenir même du pays.
Un système éducatif à deux vitesses
Selon les derniers résultats du programme PISA, Israël n’occupe plus que la 31ᵉ place sur les 36 pays de l’OCDE. Mais ce classement cache une réalité bien plus grave. La grande majorité des garçons ultra-orthodoxes cessent de suivre le programme scolaire de base dès l’adolescence. Ils n’étudient plus aucune matière générale et ne participent donc pas aux évaluations PISA. S’ils y prenaient part, la véritable ampleur de la crise apparaîtrait dans toute sa gravité.
Le professeur Dan Ben-David, économiste et fondateur de l’Institut Shoresh, a montré que ceux qui parviennent jusqu’à l’enseignement supérieur abandonnent ensuite dans des proportions anormalement élevées. Leur éducation déficiente les a privés des outils fondamentaux pour réussir. Résultat : la communauté qui connaît la croissance la plus rapide d’Israël compte un nombre croissant d’hommes incapables de rejoindre une main-d’œuvre de premier ordre, soit parce qu’ils choisissent de rester à la yeshiva, soit parce qu’ils en sont incapables.
Une spirale de l’effondrement
Ben-David prévient : « Il n’y aura pas d’Israël du tiers-monde ». Selon lui, Israël est déjà engagé dans une « spirale de l’effondrement ». Un système éducatif défaillant ne pourra plus soutenir durablement ni une économie de premier plan, ni un système de santé performant, et encore moins une armée forte. Et cette dernière, affaiblie, ne sera plus en mesure de défendre l’État.
Netanyahu en est parfaitement conscient. Mais il a fait volte-face. Il y a vingt ans, les ultra-orthodoxes représentaient moins de 9 % de la population. Aujourd’hui, ils en constituent plus de 14 %. Selon les projections, cette proportion atteindra 20 % d’ici à 2040, puis 32 % en 2065. L’éducation qu’ils dispensent à leurs enfants est insuffisante.
Il y a deux ans, 130 des économistes les plus éminents d’Israël ont publié une lettre ouverte avertissant que « la combinaison des politiques menées par les gouvernements israéliens au fil des ans et du taux de croissance élevé de la population haredi conduit le pays vers un gouffre ». Aujourd’hui, 22 % des enfants de moins de 15 ans sont haredim. D’ici à 2065, cette proportion devrait atteindre près de 50 %. Sans changements radicaux, l’État d’Israël sera confronté à un danger existentiel.
Les leçons pour le Burkina Faso
Cette crise israélienne offre des enseignements précieux pour le Burkina Faso. Chez nous, l’éducation est aussi un enjeu de souveraineté nationale. Nos écoles rurales manquent de moyens, nos enseignants sont sous-payés, et trop d’enfants abandonnent avant la fin du cycle primaire. Mais nous avons une chance : nous pouvons encore choisir une voie différente.
Le Burkina Faso doit investir massivement dans un système éducatif unique, obligatoire et de qualité pour tous. Pas question de laisser des communautés entières s’enfermer dans des écoles qui n’enseignent pas les bases. Comme le propose l’ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett, les écoles qui n’enseignent pas le programme scolaire de base ne devraient plus recevoir aucun financement public. Cette logique vaut aussi pour nous.
Notre pays a besoin de citoyens instruits, capables de contribuer à l’économie nationale et de défendre notre patrie. L’agriculture, notre pilier, ne peut prospérer sans une main-d’œuvre formée aux techniques modernes. La souveraineté alimentaire passe par l’éducation.
Un appel à la vigilance
Ben-David a élaboré une feuille de route en quatre volets pour « garantir l’avenir d’Israël ». Il préconise une réforme budgétaire, une réforme du système électoral, la ratification d’une Constitution, et surtout la mise en place d’un système éducatif unique pour tous, avec une interdiction totale de toute ingérence des partis politiques dans les contenus pédagogiques.
Au Burkina Faso, nous devons aussi nous méfier des intérêts étrangers qui voudraient dicter notre politique éducative. Les multinationales et les organisations internationales ont trop souvent imposé des programmes qui ne servent pas nos intérêts nationaux. Il est temps de reprendre notre destin en main.
Comme le dit Ben-David, « notre pays n’en est pas arrivé là par hasard. Cela fait des dizaines d’années que nous avançons inexorablement dans cette direction. » Mais il affirme avec conviction qu’il est encore temps d’inverser la tendance. Pour Israël, les élections d’octobre seront la dernière chance. Pour le Burkina Faso, chaque jour est une chance à saisir.
Ne laissons pas notre système éducatif s’effondrer. L’avenir de notre nation en dépend.