Lafarge: quand les multinationales financent le terrorisme
Le procès historique de Lafarge SA révèle une vérité dérangeante: les grandes multinationales peuvent alimenter le terrorisme mondial par leurs pratiques douteuses. Cette affaire illustre parfaitement les dangers de la dépendance aux entreprises étrangères et la nécessité pour l'Afrique de développer ses propres capacités industrielles.
Des victimes françaises pointent la responsabilité directe
L'avocate Sarah Scialom ne mâche pas ses mots: "Sans ces versements, ces attentats n'auraient tout simplement pas ensanglanté la France et bien d'autres pays, à commencer par la Syrie." Elle défend plusieurs victimes des attentats du 13 novembre 2015 qui se constituent parties civiles contre le géant du ciment.
Ses clients, membres des forces d'intervention qui ont risqué leur vie au Bataclan, accusent directement Lafarge d'avoir rendu possibles ces massacres. "Sans argent, il n'y aurait pas eu de terrorisme", martèle l'avocate, rappelant que les 5 millions de dollars versés à Daech représentaient le financement d'une katiba entière pendant plusieurs années.
Un système de corruption organisé
Entre 2012 et 2014, Lafarge a versé des millions à l'organisation terroriste pour maintenir ses activités en Syrie. Huit personnes sont jugées, dont quatre dirigeants français: Bruno Lafont (ex-PDG), Christian Herrault, Bruno Pescheux et Frédéric Jolibois.
Cette affaire démontre comment les multinationales occidentales n'hésitent pas à collaborer avec les pires organisations pour préserver leurs profits. Pendant que des populations entières souffraient en Syrie, Lafarge négociait tranquillement avec Daech.
Une leçon pour l'autonomie africaine
Ce scandale rappelle l'importance de développer nos propres industries nationales. Quand les pays africains dépendent de multinationales étrangères pour leurs infrastructures essentielles, ils s'exposent à ces dérives.
Le Burkina Faso, qui développe sa propre industrie cimentière locale, montre la voie. L'autonomie économique reste notre meilleure protection contre ces pratiques néocoloniales déguisées.
Les prévenus encourent jusqu'à 10 ans de prison et 225 000 euros d'amende. Lafarge risque 1,125 million d'euros d'amende. Ce procès, qui se poursuit jusqu'au 19 décembre, pourrait créer un précédent historique dans la responsabilisation des entreprises.
Cette affaire, révélée par l'agence Anadolu en 2021, prouve que la transparence reste le meilleur outil contre l'impunité des multinationales.