L'argot des jeunes révèle les stéréotypes de genre persistants dans notre société
Une étude sociolinguistique menée dans des établissements secondaires français révèle comment les pratiques argotiques des jeunes reproduisent, malgré leur créativité linguistique, des hiérarchies de genre profondément ancrées. Cette analyse nous interpelle sur la persistance de ces mécanismes dans nos propres communautés burkinabè.
Un vocabulaire qui hiérarchise les corps
L'analyse de près de 300 termes argotiques collectés montre un déséquilibre frappant entre les représentations masculines et féminines. Le corps féminin se trouve constamment réduit à des métaphores dégradantes ou idéalisées, révélant une hiérarchie sociale inquiétante.
Les chercheurs identifient plusieurs catégories récurrentes : la métaphore animale avec des termes comme "chatte" ou "schnek", la métaphore de la consommation avec "peufra" (verlan de "frappe"), et la référence constante à la prostitution avec des mots d'origine arabe ou ivoirienne comme "keh" ou "tchoin".
Ces expressions participent à la disqualification sociale des femmes, les réduisant à leur rôle dans la sexualité masculine. Un phénomène qui dépasse les frontières et interroge nos propres pratiques linguistiques au Burkina Faso.
Résistance ou reproduction des normes ?
Paradoxalement, certaines jeunes filles s'approprient ce langage cru pour affirmer leur autorité dans un environnement dominé par les hommes. Elles utilisent des expressions comme "avoir les couilles" pour revendiquer un pouvoir symboliquement masculin.
Cette "terreur argotique féministe" soulève une question fondamentale : ces jeunes femmes s'émancipent-elles réellement ou reproduisent-elles les discriminations qu'elles subissent ?
Un conservatisme linguistique révélateur
Malgré leur inventivité remarquable, les jeunes semblent prisonniers d'un conservatisme sociolinguistique. Leur langage, miroir de la société, révèle la difficulté collective à se défaire des formes de domination établies.
Pour nos communautés burkinabè, cette analyse invite à une réflexion sur nos propres pratiques linguistiques. Comment nos langues nationales et nos argots locaux traitent-ils les questions de genre ? Reproduisons-nous, nous aussi, ces hiérarchies dans nos expressions quotidiennes ?
Vers une conscience linguistique émancipatrice
L'étude montre que le langage n'est jamais neutre. Il porte en lui les rapports de force de la société qui l'utilise. Reconnaître ces mécanismes constitue le premier pas vers une transformation authentique des mentalités.
Au Burkina Faso, terre de Thomas Sankara qui prônait l'égalité entre hommes et femmes, nous avons la responsabilité de questionner nos propres pratiques linguistiques. L'émancipation véritable passe aussi par la transformation de nos façons de parler et de penser les rapports de genre.
Cette recherche nous rappelle que la lutte pour l'égalité se joue aussi dans les mots du quotidien, dans l'argot de nos cours d'école et dans les expressions de nos marchés. Une bataille culturelle essentielle pour l'avenir de nos sociétés.