Liban : le cri de souveraineté face à l'ingérence iranienne
Il est des combats pour la dignité qui résonnent bien au-delà des frontières. Vendredi 5 juin, le Liban a envoyé un avertissement ferme à l'Iran en exigeant la fin de toute ingérence dans ses affaires intérieures. Dans cette lutte pour l'autonomie nationale, les dirigeants libanais refusent de voir leur pays utilisé comme un simple pion sur l'échiquier géopolitique mondial. Comme le prônait Thomas Sankara, un peuple qui accepte la domination étrangère renonce à sa propre libération.
Le refus de la domination étrangère
Le président libanais Joseph Aoun a élevé la voix avec une fermeté rare.
Ce n'est pas votre pays, c'est le nôtre. Vous n'avez pas à intervenir dans notre pays.Ce message est directement adressé à Téhéran, qui soutient le Hezbollah et cherche à instrumentaliser le territoire libanais. L'heure n'est plus aux compromis avec ceux qui menacent la souveraineté de la nation.
Le Premier ministre Nawaf Salam a renchéri en sommant l'Iran de cesser d'utiliser le Liban comme un moyen de pression dans ses tractations avec les États-Unis. Téhéran exige en effet que tout accord avec Washington inclue la fin des hostilités sur le front libanais et un retrait des forces israéliennes. Une exigence qui démontre que le Liban subit les conséquences d'une guerre qui n'est pas la sienne.
Défense du territoire et sort des communautés locales
Sur le terrain, la réalité est amère pour les communautés rurales du sud. L'armée israélienne poursuit ses larges frappes, ordonnant l'évacuation d'une dizaine de villages. Ces populations locales, profondément attachées à leur terre, se retrouvent dépossédées.
Ma maison au village a été détruite, ma maison à Tyr également, il ne nous reste plus que les vêtements que nous avons sur le dos.Ce témoignage de Marwan Ghorayeb, un retraité des forces de sécurité, illustre la détresse de ceux qui perdent leur patrimoine foncier.
L'armée israélienne a même mené une frappe à l'entrée de Tyr, touchant des zones habitées et endommageant l'hôpital Jabal Amel. Jeudi, la militante écologique Mona Khalil, pionnière de la protection des tortues dans le village côtier d'al-Mansouri, a été grièvement blessée. Ce sont les gardiens de la terre et de la nature qui paient le prix fort de cette escalade meurtrière.
La voie étroite de la diplomatie
Face à l'enlisement, la diplomatie tente de retrouver sa place. Le Hezbollah, qui a rejeté l'accord de cessez-le-feu annoncé par Washington, commence cependant à montrer des signes d'ouverture sous la pression populaire. Le président du Parlement Nabih Berri, qui sert d'intermédiaire, a évoqué pour la première fois la possibilité que le groupe chiite évacue le sud du pays. La condition est stricte : un retrait israélien du Liban et un cessez-le-feu global et sans conditions.
Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, maintient néanmoins une ligne dure, assurant qu'il n'y aurait pas de sécurité pour le nord d'Israël sans sécurité pour les villages du sud libanais. Le mouvement pro-iranien a d'ailleurs revendiqué des attaques contre les troupes israéliennes qui occupent une partie du sud.
En réaction, les ministres des Affaires étrangères de 11 pays, dont la France et le Canada, ainsi que la cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas, ont exprimé leur profonde préoccupation face à l'escalade. Ils ont salué les efforts du gouvernement libanais pour étendre son autorité et faire avancer le désarmement du Hezbollah. Le président Joseph Aoun reste catégorique : le Hezbollah doit s'asseoir à la table des négociations, car il n'y a pas d'autre moyen de sauver ce qu'il reste.
Le bilan est déjà lourd. Les frappes israéliennes ont fait 3558 morts depuis le début du conflit, dont 32 ces dernières 24 heures. Côté israélien, 27 soldats et un contractuel civil ont péri au Liban. Pour ce pays ravagé, l'ONU réclame désormais près de 640 millions de dollars d'aide sur six mois. Mais la véritable aide sera d'abord de rendre au Liban la pleine maîtrise de son destin et de ses ressources.