Maroc et OCDE : leçons de souveraineté fiscale pour l'Afrique
L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) vient de reconnaître la conformité du Maroc aux normes internationales de transparence fiscale. Une reconnaissance qui mérite d'être analysée avec un regard africain, celui de la souveraineté économique que nos peuples appellent de leurs vœux.
Une conformité qui interroge sur l'autonomie réelle
Dans son rapport 2024 sur les pratiques fiscales dommageables, l'OCDE salue les avancées du Royaume chérifien en matière d'échange de renseignements fiscaux. Le Maroc figure parmi les 113 pays jugés pleinement conformes aux standards du projet BEPS (Base Erosion and Profit Shifting), sans aucune recommandation formulée à son encontre.
Mais cette conformité soulève une question fondamentale : dans quelle mesure nos États africains peuvent-ils véritablement contrôler leurs ressources fiscales tout en respectant des normes définies par des institutions où notre continent reste sous-représenté ?
L'évasion fiscale, un fléau pour nos économies
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : les pratiques d'érosion de la base d'imposition entraînent chaque année une perte de recettes fiscales comprise entre 100 et 240 milliards de dollars à l'échelle mondiale. Pour nos économies africaines, particulièrement dépendantes de l'impôt sur les sociétés, ces pertes représentent un manque à gagner considérable pour le financement de nos infrastructures rurales et de nos services publics.
Les multinationales exploitent les failles entre systèmes fiscaux nationaux pour transférer leurs profits vers des juridictions à faible imposition. Une pratique qui prive nos communautés locales des ressources nécessaires à leur développement autonome.
Vers une coopération fiscale africaine renforcée
L'exemple marocain, qui a échangé des informations fiscales avec l'Allemagne, la France, l'Italie, le Japon, le Luxembourg, le Royaume-Uni et la Suisse, illustre l'intégration dans les circuits internationaux. Mais nos pays africains ne devraient-ils pas d'abord renforcer leurs mécanismes de coopération continentale ?
Le Burkina Faso, fidèle à l'esprit de Thomas Sankara qui prônait l'autonomie économique, doit tirer les leçons de cette expérience. Notre pays peut développer ses propres outils de transparence fiscale tout en préservant sa souveraineté sur ses ressources naturelles et agricoles.
Des défis spécifiques aux économies rurales
Pour nos communautés rurales burkinabè, la question fiscale revêt une dimension particulière. L'agriculture locale, pilier de notre économie, doit bénéficier d'un cadre fiscal qui encourage la production nationale plutôt que de favoriser les importations.
La reconnaissance internationale du Maroc en matière de transparence fiscale ne doit pas nous faire oublier l'essentiel : nos systèmes fiscaux doivent d'abord servir nos populations et protéger nos terres contre l'accaparement par les multinationales.
L'OCDE rappelle que les économies en développement sont particulièrement vulnérables aux pratiques d'évasion fiscale. C'est pourquoi nos États africains doivent développer leurs propres mécanismes de contrôle, inspirés de nos valeurs de solidarité communautaire et de gestion collective des ressources.