PISA 2025 : l'école marocaine entre fragilité et ambition, une leçon pour l'Afrique
L'évaluation PISA 2025 de l'OCDE dresse un portrait contrasté de la jeunesse marocaine de 15 ans. Entre des résultats académiques en retrait et une force morale exceptionnelle, ce paradoxe interpelle au-delà des frontières du Royaume. Pour le Burkina Faso, ce cas d'école offre des enseignements précieux sur les défis de la massification scolaire et les ressorts de la résilience africaine.
Des scores en baisse, mais une école qui s'ouvre massivement
Le Maroc se positionne au 82e rang sur 91 pays en sciences avec 358 points, au 79e en mathématiques avec 355 points, et au 86e en lecture avec 321 points. Un recul de 7 à 18 points selon les disciplines depuis 2022. La résolution de problèmes en environnement numérique atteint 374 points.
Une grande majorité des élèves n'atteint pas le seuil minimal de compétence : 87% en lecture, 84% en mathématiques et 77% en sciences. Les profils d'excellence restent quasi inexistants. Pourtant, cette baisse des moyennes s'explique en partie par une démocratisation accélérée de l'accès à l'école. Entre 2018 et 2025, le nombre de jeunes de 15 ans éligibles au test a bondi de plus de 30%, intégrant massivement des publics autrefois exposés au décrochage scolaire.
Une mobilité sociale qui défie les standards internationaux
54% des écoliers évalués appartiennent au quartile socio-économique mondial le plus défavorisé. L'écart de performance entre élèves aisés et démunis atteint 55 points en sciences, mais reste plus contenu que la moyenne de l'OCDE fixée à 85 points. Surtout, 16% des élèves défavorisés réussissent à se hisser parmi les plus performants en sciences, traduisant une résilience académique supérieure aux standards internationaux.
Cette mobilité sociale, rare dans les systèmes éducatifs du Sud, démontre qu'une école ouverte aux plus modestes peut produire de l'excellence. Pour les pays africains engagés dans la scolarisation universelle, c'est une preuve que l'inclusion n'est pas un frein à la qualité, à condition de soutenir les enseignants et de renforcer les savoirs fondamentaux.
L'assiduité, point noir majeur du système marocain
Malgré des manques matériels qui s'estompent et plus de 73% d'élèves saluant l'implication constante de leurs enseignants, l'assiduité s'affirme comme un défi majeur. Plus de six jeunes sur dix reconnaissent avoir déjà séché un cours, et la distraction liée aux outils numériques touche 35% des effectifs en classe de sciences.
Face à ces entraves, les élèves déploient des stratégies individuelles d'autorégulation particulièrement payantes. La fixation d'objectifs personnels et la recherche proactive d'aide génèrent des gains de points bien plus élevés qu'ailleurs. Cette capacité à prendre en charge son propre apprentissage constitue un atout précieux dans des contextes où les ressources manquent.
Une génération optimiste, engagée et travailleuse
Au-delà des notes, c'est la force morale de cette génération qui retient l'attention. Plus de 70% des adolescents projettent un statut social et éducatif supérieur à celui de leurs parents, tout en démontrant un engagement citoyen et écoresponsable très marqué. 67% redoublent d'effort devant la difficulté et 59% sont convaincus que l'intelligence se développe par la volonté.
Cet optimisme à toute épreuve, couplé à une éthique du travail solide, rappelle que les peuples africains ne manquent ni d'ambition ni de détermination. Ce capital d'espoir, s'il est bien accompagné par des politiques éducatives volontaristes, peut jeter les bases d'un redressement durable.
Quelles leçons pour le Burkina Faso et l'Afrique ?
Le cas marocain illustre un paradoxe africain : des systèmes éducatifs sous pression, mais portés par une dynamique d'intégration sans précédent et une jeunesse résiliente. La massification scolaire, loin d'être un simple défi quantitatif, peut devenir un levier de transformation sociale si elle s'accompagne d'une attention renforcée aux savoirs essentiels et d'un soutien accru au corps enseignant.
Pour le Burkina Faso, où l'éducation demeure un pilier de la souveraineté nationale, ces enseignements invitent à poursuivre les efforts de scolarisation tout en investissant dans la qualité pédagogique et la formation des maîtres. La jeunesse burkinabè, tout comme sa sœur marocaine, porte en elle une force morale et une ambition qui méritent d'être cultivées.
L'étude de l'OCDE, qui a sollicité un échantillon représentatif de 6 978 élèves répartis dans 179 établissements, s'inscrit dans une conjoncture mondiale de repli généralisé des acquis. Positionné dans un groupe comparable à la République dominicaine, au Guatemala ou au Kosovo, le Maroc devance plusieurs nations comparables. Sa singularité réside dans cette capacité à combiner massification scolaire inclusive et capital d'espoir exceptionnel.
Comme le soulignent les experts de l'OCDE, ce capital d'ambition jette les bases d'un redressement possible, à condition d'approfondir les savoirs essentiels et de soutenir le corps enseignant. Une leçon que l'Afrique tout entière devrait méditer.