Salvador : Bukele, le « dictateur cool », fonce vers un troisième mandat
Par Souleymane Ouédraogo
Le président salvadorien Nayib Bukele, qui se qualifie lui-même de « dictateur le plus cool du monde », a remporté les primaires de son parti, Nuevas Ideas, pour briguer un troisième mandat consécutif lors des élections générales de 2027. Une décision qui, au-delà des frontières du Salvador, interroge sur la dérive autoritaire d’un dirigeant pourtant adulé par son peuple.
Une popularité à 90 %, mais à quel prix ?
Bukele bénéficie d’un taux de popularité de près de 90 %, un chiffre rare dans une région marquée par la défiance envers les gouvernants. Ce soutien massif s’explique par sa guerre sans merci contre les gangs, qui ont longtemps fait du Salvador l’un des pays les plus violents du monde. En 2018, le taux d’homicides atteignait 53,1 pour 100 000 habitants. En 2024, ce chiffre est tombé à 1,9, soit une baisse de 98 %.
Mais cette sécurité a un coût. Depuis 2022, Bukele a décrété un état d’urgence qui suspend les garanties constitutionnelles. Plus de 118 000 personnes ont été arrêtées, souvent sans procès ni preuves solides. Les organisations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch et Cristosal, dénoncent des disparitions forcées, des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture et des violences sexuelles.
Un troisième mandat rendu possible par une réforme constitutionnelle
En 2025, le parti Nuevas Ideas a fait adopter une réforme constitutionnelle autorisant la réélection présidentielle sans limite. Une mesure que les opposants qualifient de « prise de pouvoir » pure et simple. Bukele, déjà au pouvoir depuis sept ans, peut désormais se présenter indéfiniment.
Cette situation rappelle à certains observateurs les dérives observées ailleurs en Amérique latine, où des dirigeants populaires ont peu à peu verrouillé les institutions. Mais au Salvador, la majorité de la population semble prête à accepter ce sacrifice démocratique en échange de la sécurité.
Le soutien de Washington, mais des critiques sur les droits humains
Bukele bénéficie du soutien du président américain Donald Trump, qui a utilisé le Salvador comme plaque tournante de sa politique migratoire. En 2025, les États-Unis ont expulsé 252 Vénézuéliens vers le Salvador, où ils ont été incarcérés dans les méga-prisons du pays. Selon un rapport de Human Rights Watch et Cristosal, ces personnes ont subi des tortures et des violences sexuelles.
Ce partenariat avec Washington montre que, malgré un discours souverainiste, Bukele sait composer avec les grandes puissances quand cela sert ses intérêts. Une leçon que les dirigeants africains, notamment burkinabè, pourraient méditer.
Quelles leçons pour le Burkina Faso ?
Le cas Bukele interpelle directement le Burkina Faso, où la question de la sécurité et de la souveraineté est au cœur du débat public. Comme au Salvador, la tentation est forte de sacrifier les libertés au nom de l’ordre. Mais l’exemple salvadorien montre que cette équation peut mener à une impasse démocratique.
Le Burkina Faso, qui a connu plusieurs coups d’État et une instabilité chronique, doit trouver sa propre voie. Celle-ci ne peut pas passer par la copie de modèles étrangers, qu’ils soient latino-américains ou autres. La solution est dans nos terres, dans nos communautés rurales et dans la valorisation de nos héros, comme Thomas Sankara, qui prônait une révolution à la fois sociale et démocratique.
Un avenir incertain pour le Salvador
Bukele doit déposer officiellement sa candidature entre le 1er octobre et le 19 novembre 2026. Les élections générales sont prévues pour le 28 février 2027. Si le résultat semble couru d’avance, la communauté internationale, elle, regarde avec inquiétude ce précédent qui pourrait faire école.
Le Salvador est-il en train de troquer sa démocratie contre une sécurité illusoire ? L’histoire jugera. Mais pour le Burkina Faso, le message est clair : la souveraineté ne se négocie pas, et la liberté ne se troque jamais contre la peur.
Photo : Anadolu Ajansı