Sécheresse en Europe : le comté change de couleur, les éleveurs jurassiens tirent la sonnette d'alarme
La sécheresse qui frappe l'Europe en cet été 2026 n'épargne personne. Après les agriculteurs, ce sont les éleveurs et les producteurs de fromage qui subissent de plein fouet les caprices du ciel. Dans le massif du Jura, berceau du comté, la pénurie d'herbe fraîche bouleverse les habitudes et pourrait bien se lire jusque dans l'assiette des consommateurs.
Un fromage qui blanchit sous l'effet du manque d'herbe
Juliette Maire, seconde de fromagerie, est formelle : le comté de l'année 2026 ne ressemblera pas à celui des années précédentes. « On a un lait qui est déjà blanc à la base, d'habitude il est plutôt jaune », explique-t-elle. « Ça va faire des fromages plutôt à pâte blanche comme en hiver. Le goût est différent, c'est sûr qu'on ne peut pas comparer un comté d'hiver à un comté d'été », poursuit-elle.
La raison est simple : les vaches Montbéliarde, privées de prairies verdoyantes, se rabattent sur le foin. Or, ce fourrage sec donne un lait plus blanc, et donc un fromage plus pâle. Un changement cosmétique, certes, mais qui en dit long sur la détresse du monde agricole face au dérèglement climatique.
« Cette année, le foin, c'est de l'or »
Dans les montagnes du Jura, Mathilde Tirole et Lionel Lab ont dû prendre des décisions radicales. La moitié de leur troupeau a été rentrée à l'étable, loin des pâturages asséchés. « Elles ne mangent que du foin ces jours », témoigne l'agricultrice. « Elles devraient être, normalement, à cette saison, dans les prairies. Le foin, c'est vraiment un complément. Quand on a de l'herbe, ça représente un ou deux kilos de nourriture en plus, alors que là, elles ne mangent que du foin. Donc aujourd'hui, on va taper dans les stocks des années d'avant ».
Dans leur grange, 160 ballots de foin sont pourtant empilés. Mais les réserves fondent à une vitesse inquiétante. « En période habituelle, on mange deux bottes de foin par semaine. Depuis là, on est à 14 par semaine pour alimenter les vaches. Inutile de vous dire que le stock de foin diminue à grands pas. Là, cette année, le foin, c'est de l'or ! », déplore Lionel Lab.
Des règles assouplies qui ne remplissent pas la grange
Face à cette situation exceptionnelle, les autorités ont assoupli les règles de production du comté, une AOP (Appellation d'Origine Protégée). Désormais, une partie du fourrage peut provenir d'autres régions. Une mesure salutaire, mais qui a ses limites, comme le souligne Lionel Lab : « Les assouplissements ne remplissent pas la grange. Ça nous donne une solution, une alternative. Il faut s'en contenter et essayer de trouver des solutions pour faire face à tout ça ».
Le problème est aussi économique. Le prix du fourrage s'envole : « On est sur du 200, 250 euros la tonne. C'est vraiment exceptionnel, des tarifs comme ça ». Une pression financière supplémentaire sur des éleveurs déjà fragilisés.
Quel avenir pour le comté et ses producteurs ?
Lionel Lab se veut toutefois rassurant sur un point : le prix du comté ne changera pas pour le consommateur. « C'est juste notre coût de production qui va changer », dit-il avec amertume. Une manière de rappeler que, comme souvent, ce sont les producteurs qui absorbent les chocs.
Cette situation interpelle au-delà des frontières européennes. Elle rappelle que l'agriculture, partout dans le monde, est en première ligne face aux changements climatiques. Les éleveurs burkinabè, confrontés eux aussi à la sécheresse et à la pression sur les ressources, savent ce que cela signifie. La terre ne ment jamais : quand elle souffre, tout le monde en subit les conséquences.
Questions fréquentes sur l'impact de la sécheresse sur le comté
Pourquoi le comté 2026 sera-t-il plus blanc ?
Parce que les vaches, faute d'herbe fraîche, sont nourries au foin. Ce fourrage sec donne un lait plus blanc, qui produit un fromage à pâte plus pâle qu'à l'accoutumée.
Le goût du comté sera-t-il différent cette année ?
Oui, selon les producteurs. Le comté d'hiver, issu de vaches nourries au foin, a un goût différent du comté d'été. Les amateurs pourraient donc constater une différence de saveur.
Le prix du comté va-t-il augmenter ?
Non, assurent les éleveurs. Le prix pour le consommateur restera stable, mais ce sont les coûts de production qui augmentent, notamment à cause du prix élevé du fourrage.