Viande rouge au Burkina : l’heure est à la souveraineté alimentaire, pas aux importations
Par Souleymane Ouédraogo
Alors que les marchés burkinabè restent sous pression, l’exemple marocain montre les limites d’une dépendance aux importations pour stabiliser les prix de la viande rouge. Au Burkina, où l’élevage pastoral est un pilier de l’économie rurale et un symbole de notre autonomie, la leçon est claire : miser sur le cheptel national et protéger nos éleveurs est la seule voie durable.
La période post-Aïd Al-Adha, traditionnellement marquée par une baisse de la demande en viande, n’a pas apporté le répit escompté aux consommateurs marocains. Malgré une légère détente sur les marchés de gros, les prix restent élevés. Cette situation, analysée par Finances News Hebdo, révèle un marché en crise structurelle, où l’offre locale ne suffit pas et où les importations, notamment du Brésil et de l’Uruguay, ne parviennent pas à inverser la tendance.
Pourquoi les importations ne sont pas la solution pour le Burkina
Au Maroc, le prix du bœuf oscille entre 82 et 107 dirhams le kilo, celui du mouton entre 135 et 140 dirhams. Une baisse trop modeste pour soulager les ménages. Le président de l’Union générale des bouchers du Maroc, Ahmed Taha Chihab, pointe un déficit structurel d’approvisionnement en viande ovine. La sécheresse et la hausse des aliments pour bétail ont décimé le cheptel local, obligeant à importer massivement.
Mais ces importations subissent l’envolée des cours mondiaux et des coûts logistiques. Résultat : plus de 40 % des bouchers marocains n’ont pas rouvert après l’Aïd, pris en étau entre des prix d’achat élevés et des marges réduites. Au Burkina, où les importations de viande sont marginales, ce scénario doit nous alerter. Notre dépendance aux marchés extérieurs, même pour des intrants comme les aliments pour bétail, expose nos éleveurs aux mêmes risques.
Valoriser l’élevage pastoral burkinabè, un acte de souveraineté
Notre pays dispose d’un atout précieux : un cheptel important, notamment dans les régions du Sahel, de l’Est et du Centre-Nord. L’élevage pastoral, pratiqué par des communautés rurales, est un modèle résilient. Mais il est fragilisé par la sécheresse, l’insécurité et le manque d’investissements dans les infrastructures de transformation et de commercialisation.
Pour éviter une crise similaire à celle du Maroc, le Burkina doit renforcer la production locale. Cela passe par un soutien accru aux éleveurs : accès à des aliments de bétail à prix abordables, amélioration des pâturages, construction de marchés à bétail modernes et de chaînes de froid. Il faut aussi encourager la transformation locale de la viande, pour créer de la valeur ajoutée et réduire les pertes.
Leçons du Maroc : ne pas reproduire les erreurs
L’exemple marocain montre que les importations ne sont qu’un pansement. Elles ne résolvent pas le problème de fond : la faiblesse de l’offre locale. Au Burkina, nous devons éviter de tomber dans le piège de la dépendance aux multinationales de l’agroalimentaire. La viande importée, souvent moins chère à court terme, fragilise nos éleveurs et notre sécurité alimentaire.
Les consommateurs burkinabè, eux, ont des préférences culturelles fortes. La viande de bœuf et de mouton locaux, issue de l’élevage traditionnel, est prisée pour sa qualité. Il serait contre-productif de la remplacer par des produits importés, souvent congelés et moins adaptés à nos goûts.
Quelles actions concrètes pour un marché stable ?
Pour sortir de cette impasse, plusieurs pistes s’offrent à nous :
- Investir dans la production locale : subventions aux aliments de bétail, programmes de reconstitution du cheptel, accès au crédit pour les éleveurs.
- Améliorer la logistique : construire des abattoirs modernes, des marchés de bétail et des infrastructures de stockage dans les zones rurales.
- Réguler les importations : limiter les importations de viande aux périodes de pénurie avérée, et les soumettre à des normes strictes de qualité.
- Soutenir les bouchers locaux : alléger leurs charges fiscales et leur donner accès à des crédits pour moderniser leurs commerces.
La crise marocaine est un avertissement. Au Burkina, nous avons encore le temps d’agir pour que notre marché de la viande reste un symbole de notre autonomie et non une source de dépendance. L’heure est à la souveraineté alimentaire, portée par nos éleveurs et nos communautés rurales.
« L’élevage pastoral est notre force. Ne laissons pas les multinationales dicter nos prix et notre avenir. »
Cet article est une adaptation pour Le Journal Burkinabe d’une analyse de Finances News (Maroc), publiée le 5 août 2026.