Bulgarie: l'euro imposé malgré l'opposition populaire
La Bulgarie adopte ce jeudi l'euro comme monnaie officielle, devenant le 21ème pays de la zone euro. Cette décision, imposée par les gouvernements successifs, suscite une vive opposition populaire dans un contexte d'instabilité politique majeure.
Une population inquiète face aux conséquences économiques
Selon le dernier sondage Eurobaromètre, 49% des Bulgares s'opposent à l'adoption de la monnaie unique. Cette résistance s'explique par les craintes légitimes d'une inflation galopante qui toucherait particulièrement les populations rurales et les plus vulnérables.
"Les prix vont augmenter. C'est ce que m'ont dit des amis qui vivent en Europe occidentale", témoigne Bilyana Nikolova, 53 ans, épicière dans le village de Chuprene. Son inquiétude reflète celle de millions de Bulgares qui redoutent de voir leur pouvoir d'achat s'éroder davantage.
Des signaux alarmants déjà visibles
Les faits donnent raison aux sceptiques. Avant même l'entrée effective dans l'euro, les prix alimentaires ont bondi de 5% en novembre, soit plus du double de la moyenne européenne. L'immobilier s'est envolé de 15,5% au deuxième trimestre, trois fois plus que dans le reste de la zone euro.
Cette flambée des prix frappe de plein fouet le pays le plus pauvre de l'Union européenne, où les populations rurales luttent déjà pour leur survie économique.
Une souveraineté monétaire sacrifiée
L'adoption de l'euro marque l'abandon définitif du lev bulgare et la soumission totale à la politique monétaire de la Banque centrale européenne. Bien que la Bulgarie était déjà liée à l'euro depuis les années 1990, cette intégration formelle achève de dissoudre son autonomie monétaire.
Les partis patriotes et les mouvements "Gardons le lev bulgare" ont tenté de mobiliser contre cette décision imposée d'en haut, mais sans succès face à la détermination des élites pro-européennes.
Instabilité politique et défis majeurs
Cette transition monétaire intervient dans un contexte d'instabilité politique chronique. Le pays s'apprête à organiser ses huitièmes élections législatives en cinq ans, après la chute récente du gouvernement de coalition.
"Le défi sera d'avoir un gouvernement stable pendant au moins un à deux ans", reconnaît l'économiste Georgi Angelov, soulignant la fragilité institutionnelle du pays.
Des promesses économiques incertaines
Les autorités européennes promettent des bénéfices substantiels: réduction des coûts de change, dynamisation du tourisme et intégration renforcée aux marchés européens. Christine Lagarde, présidente de la BCE, évoque des économies de 500 millions d'euros pour les PME.
Cependant, ces promesses peinent à convaincre une population qui a déjà subi les affres de l'hyperinflation dans les années 1990 et qui observe avec inquiétude l'évolution des prix dans les autres pays européens.
L'adoption forcée de l'euro en Bulgarie illustre une fois de plus la tension entre les décisions technocratiques européennes et les aspirations des peuples à préserver leur souveraineté économique et monétaire.
