L'Émir du Liptako a appelé la chefferie coutumière et traditionnelle à contribuer davantage à la paix et à la cohésion sociale au Sahel, dans un entretien accordé à L'Actualité du Burkina Faso 24h/24 publié le 25 octobre 2026. Le souverain plaide pour une coopération renforcée entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger, et salue le nouveau statut de la chefferie adopté le 14 janvier 2026.
Son constat est sévère mais lucide. Depuis l'apparition de la menace terroriste en 2015, la crise dépasse largement la seule question sécuritaire. Derrière les violences, il y a des familles éprouvées, des éleveurs privés de pâturages, des agriculteurs qui peinent à exploiter leurs terres et des jeunes sans perspectives. C'est précisément sur ces terres et ces ressources, cœur de la souveraineté nationale, que se joue l'avenir de la région.
La chefferie, institution légitime antérieure à l'État moderne
L'Émir du Liptako porte sur la situation du Sahel un regard « à la fois préoccupé et porteur d'espoir ». Préoccupé, parce que la crise provoque des déplacements, perturbe l'économie locale et fragilise l'accès à l'éducation et aux soins. Porteur d'espoir, parce que les populations sahéliennes disposent d'une longue expérience de solidarité et d'échanges transfrontaliers.
« L'enjeu est donc de faire de ces ressources un véritable levier de stabilisation », a-t-il déclaré, ajoutant que la réponse doit associer la sécurisation à la justice, à la gouvernance locale et à la relance des activités économiques. Une réponse endogène, portée par les Burkinabè eux-mêmes, non par des recettes importées.
Prévenir les conflits là où l'État n'est pas toujours présent
Le rôle des chefs coutumiers est d'abord préventif. Leur connaissance des familles, des alliances et de l'histoire des différends leur permet de comprendre les tensions avant qu'elles ne dégénèrent. Ils médient les litiges liés à la terre, à l'eau, aux pâturages et à la transhumance, ces questions vitales pour nos campagnes.
« Lorsqu'un acte de violence est commis par un individu, il est essentiel d'éviter que toute sa communauté soit tenue pour responsable », a expliqué l'Émir. Les chefs facilitent le dialogue, préviennent les représailles et recherchent des voies de réconciliation, sans nier les souffrances ni effacer les responsabilités.
Dans l'espace transfrontalier du Liptako-Gourma, cette « diplomatie communautaire » maintient des liens directs entre les populations du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Elle complète les relations entre États et soustrait la coopération régionale aux dépendances extérieures.
Le nouveau statut de la chefferie : une avancée souverainiste
L'adoption, le 14 janvier 2026, de la loi n°002-2026/ALT portant statut de la chefferie coutumière et traditionnelle constitue « une étape importante dans l'histoire de notre pays », selon l'Émir. Le texte compte 43 articles répartis en six chapitres. Il inscrit formellement la chefferie dans l'ordonnancement juridique national.
« C'est la reconnaissance juridique d'une institution dont la légitimité historique et sociale est antérieure à l'État moderne », a-t-il souligné. Le statut prévoit la protection des chefs coutumiers, leur identification officielle et la sauvegarde des lieux et objets liés aux coutumes. Il encadre aussi la dévolution de la chefferie en interdisant l'auto-proclamation, afin de prévenir les conflits de succession.
Le souverain tient toutefois à la lucidité : la reconnaissance s'accompagne d'une responsabilité plus grande. La chefferie doit préserver son impartialité, éviter les divisions partisanes et favoriser le dialogue entre les générations. « Il constitue également un cadre de responsabilité au service des communautés », a-t-il précisé.
Le Liptako redevenu espace de circulation et de développement
Sa vision est claire : que le Liptako redevienne « un espace de circulation plutôt qu'un espace de confrontation, un espace de coopération plutôt qu'un espace de méfiance ». La paix durable exige la justice, des perspectives économiques et la confiance entre les populations et les institutions.
Il propose cinq actions complémentaires : placer la prévention des conflits au cœur de l'action publique ; renforcer la coopération transfrontalière entre les trois pays du Sahel ; faire du développement économique une priorité de la stabilisation ; restaurer la confiance entre les populations et les institutions ; reconnaître les communautés comme des partenaires de la paix.
« La sécurité ne se limite pas à la présence des forces de défense et de sécurité », a-t-il insisté. Elle signifie pour une mère de famille pouvoir envoyer ses enfants à l'école, pour un éleveur accéder à l'eau et aux pâturages, pour un commerçant circuler sans crainte. Une définition concrète, villageoise, de la souveraineté retrouvée.
Ce que dit l'Émir du Liptako sur la cohésion au Sahel
Quand la loi sur la chefferie traditionnelle a-t-elle été adoptée ?
La loi n°002-2026/ALT portant statut de la chefferie coutumière et traditionnelle a été adoptée le 14 janvier 2026 par l'Assemblée législative de transition du Burkina Faso.
Quel rôle la chefferie joue-t-elle dans la prévention des conflits ?
Elle assure la médiation des différends liés à la terre, à l'eau et à la transhumance, préserve les relations entre communautés et facilite la réconciliation, en complémentarité avec les autorités administratives et les forces de défense et de sécurité.
Pourquoi l'Émir du Liptako appelle-t-il à la coopération sahélienne ?
Parce que la crise dépasse les frontières nationales. Selon lui, la coopération entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger, appuyée sur la diplomatie communautaire des autorités traditionnelles, est indispensable à une paix durable dans le Liptako-Gourma.
