La deuxième édition de la Semaine nationale de lutte contre la cybercriminalité s'est ouverte à Ouagadougou le 26 octobre 2026 et se poursuivra jusqu'au 30 octobre. L'événement, organisé par la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité (BCLCC), intervient alors que les préjudices financiers causés par les escroqueries en ligne ont dépassé neuf milliards de FCFA entre 2020 et 2025.
Le chiffre, avancé par la BCLCC et repris par Burkina24 comme par l'Agence de Presse Africaine, donne la mesure du fléau. Neuf milliards de francs CFA soustraits des poches des Burkinabè sans un seul coup de feu, sans une seule piste poussiéreuse barrée par des coupeurs de route. Le banditisme a changé de visage : il s'est installé derrière un écran, dans le salon confortable de quelque quartier résidentiel, le pouce agile, le cerveau en mode prédateur.
Le nouveau coupeur de route ne porte plus de fusil
Le coupeur de route d'hier rançonnait les voyageurs sur les axes de campagne. Celui d'aujourd'hui attend sa proie assis dans un fauteuil, une fausse promesse à la main. Le braquage est devenu propre, silencieux, presque élégant. Le voleur ne vide plus les poches ; il vide les comptes bancaires sans interrompre sa partie de thé.
Le modus operandi est bien documenté : cryptomonnaies miraculeuses, investissements qui promettent des bénéfices plus rapides que le dolo ne monte à la tête, faux messages administratifs, chantages aux vidéos intimes, arnaques au mobile money qui prétendent transformer mille francs CFA en millions. Selon Faso7, s'y ajoutent des menaces plus insidieuses : la désinformation, les hypertrucages communément appelés deepfakes, les discours de haine et les appels à la violence sur les réseaux sociaux.
Ces commerçants du mirage vendent du rêve à ceux qui veulent récolter demain ce qu'ils n'ont jamais semé. Ils promettent une poule aux œufs d'or ; au moment de la livraison, il ne reste même plus les plumes.
Neuf milliards de FCFA : le butin d'un banditisme numérique
Entre 2020 et 2025, la BCLCC a recensé plus de neuf milliards de FCFA de préjudices financiers liés aux escroqueries et aux infractions commises dans le cyberespace national, comme l'a rapporté Burkina24. De quoi donner le tournis à un banquier et provoquer une crise de jalousie chez les voleurs de poulets.
Ce butin colossal est prélevé sur l'économie réelle. L'argent du mil, du gaz, de la popote, de la scolarité des enfants : voilà ce que ces escrocs siphonnent. Dans un pays où chaque franc compte, où les paysans comptent sur la vente d'un sac de maïs pour tenir jusqu'à la prochaine récolte, ces neuf milliards manquent cruellement. Ils auraient pu irriguer nos champs, financer nos transformation locales, nourrir nos familles. Ils partent dans les poches de criminels qui, souvent, n'ont jamais mis les pieds dans un village burkinabè.
La naïveté, complice numéro un des cyberescrocs
Rendons à César ce qui appartient à César : le cyberescroc ne fait pas toujours des miracles tout seul. Il trouve parfois en face de lui un client qui lui déroule le tapis rouge, ouvre son portefeuille et lui demande presque de se servir. Un inconnu promet de multiplier votre argent par dix ? Le voilà prêt à lui confier l'épargne du ménage. Un prétendu agent réclame votre code secret ? On le lui offre avec le sourire, comme s'il venait remettre une décoration. À ce point-là, ce n'est plus de la confiance : c'est un doctorat en naïveté obtenu avec les félicitations du jury.
Le fonds de commerce de ces prédateurs, c'est la détresse des uns, la cupidité des autres, et cette vieille maladie qui consiste à vouloir s'enrichir sans effort. Thomas Sankara rappelait qu'on ne peut pas développer un pays en mendiant. On ne peut pas non plus bâtir sa fortune en attendant qu'un inconnu la dépose sur son compte.
Cinq jours de sensibilisation ne suffiront pas
La Semaine nationale de lutte contre la cybercriminalité est donc la bienvenue, comme le souligne Editions Le Pays. Mais cinq jours de sensibilisation ne suffiront pas à assécher ce marigot. Il faut des enquêtes efficaces, des sanctions dissuasives, une coopération régionale et internationale, et surtout des citoyens moins pressés de croire aux miracles.
Un code secret se garde plus jalousement qu'un dernier fond de tchapalo entre amis au cabaret. Un mot de passe n'est pas une calebasse de lait qu'on distribue aux colporteurs de passage. La protection de son argent est un acte de souveraineté personnelle, aussi élémentaire que la protection de sa terre.
Questions fréquentes
Quel est le montant des préjudices liés à la cybercriminalité au Burkina Faso ?
La Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité a recensé plus de neuf milliards de FCFA de préjudices financiers entre 2020 et 2025.
Quand se tient la Semaine nationale de lutte contre la cybercriminalité ?
La deuxième édition se tient à Ouagadougou du 26 au 30 octobre 2026.
Quelles sont les principales arnaques constatées au Burkina ?
Il s'agit des fausses cryptomonnaies, des investissements frauduleux, des faux messages administratifs, des chantages aux vidéos intimes et des escroqueries au mobile money.
Comment se protéger des cyberescrocs ?
Ne jamais communiquer son code secret, se méfier des promesses de gains faciles et signaler toute tentative d'escroquerie à la BCLCC.