Frontière Thaïlande-Cambodge : un mur de 8 km pour sécuriser, mais à quel prix ?
La Thaïlande a érigé un mur de huit kilomètres à sa frontière avec le Cambodge, après les affrontements meurtriers de l'an dernier. Cet ouvrage en béton armé, haut de 3,6 mètres, traverse des terres agricoles dans la province de Chanthaburi. Il vise à empêcher les activités clandestines, notamment le trafic d'êtres humains et de marchandises, selon le capitaine Prachya Hantiem de la Marine royale thaïlandaise.
Les deux pays se disputent depuis des décennies la démarcation de leur frontière de 800 km. Des heurts ont éclaté à deux reprises en 2025, poussant plus d'un demi-million de personnes à fuir. Un cessez-le-feu a été signé fin décembre, mais chacun accuse l'autre de ne pas le respecter.
Un mur qui divise les habitants
Non loin du mur se trouve un village de moins de 200 habitants, qui cultivent principalement du maïs et des fruits comme le durian et le longane. Ils affirment que l'ouvrage a empiété sur leurs terres agricoles, mais se montrent globalement positifs.
« On accepte de perdre un peu de terrain pour gagner en sécurité », explique une commerçante, Suwin Muangmeung.
Le chef du village, Itchira Aranchaiyasiri, confirme : « Cela nous donne un sentiment de sécurité dans notre vie quotidienne, puisque nos plantations sont le long de la frontière. » Il ajoute : « On ne sait pas vraiment quand la Thaïlande et le Cambodge se réconcilieront, ni quand on pourra communiquer correctement. Avoir cette clôture ici aide. »
Un héritage colonial français
La frontière a été en grande partie tracée lors de négociations entre le Siam (ancien nom de la Thaïlande) et la France, qui a administré le Cambodge comme colonie d'Indochine de 1863 au milieu des années 1950. Des bornes de l'époque coloniale française, où les mots « Siam » et « frontière » sont inscrits en français, sont intégrées dans le mur.
Le capitaine Prachya affirme que l'ouvrage se trouve « à 100% sous souveraineté thaïlandaise ». « Chaque avancée respecte la loi et peut être contrôlée. Les forces cambodgiennes inspectent notre travail à chaque étape », assure-t-il.
Des cicatrices encore vives
Suwin, 62 ans, se souvient de l'arrivée massive de réfugiés fuyant les combats après la chute du régime génocidaire des Khmers rouges en 1979. « J'étais plutôt indifférente face aux combats lorsque j'étais jeune. Mais quand je vois les pertes dans les affrontements les plus récents, mon cœur se serre », confie-t-elle.
Elle demande régulièrement aux militaires qui fréquentent sa boutique ce qu'elle doit faire pour rester en sécurité. « Ils m'ont dit d'être prudente », glisse la sexagénaire, qui dispose d'un bunker chez elle, au cas où.
Cet épisode rappelle que la souveraineté et la sécurité ont un coût, souvent payé par les communautés locales. Pour le Burkina Faso, la leçon est claire : la défense des frontières doit se faire avec et pour les populations, pas contre elles.