Les associations de personnes handicapées du Burkina Faso ont tenu, ce jeudi 29 octobre 2026 à Ouagadougou, un atelier de plaidoyer pour obtenir la désagrégation systématique des données statistiques sur le handicap dans toutes les opérations de développement du pays.
La rencontre, soutenue par les ONG Sightsavers et Light for the World, réunit les directeurs généraux des études statistiques et sectorielles des ministères concernés ainsi que les points focaux, selon L'Actualité du Burkina Faso 24h/24. L'enjeu est simple et lourd de conséquences : sans chiffres fiables, aucune politique crédible d'inclusion n'est possible.
Pourquoi la désagrégation des données est une bataille décisive
Christophe Oulé, porte-parole des associations de personnes handicapées, a constaté un constat accablant : lorsque les actions menées par les Burkinabè sont évaluées, la part des personnes handicapées n'est pas véritablement prise en compte. Quand elle apparaît, les données restent agrégées, donc inutilisables pour orienter les politiques.
« Et sans les statistiques, on ne peut pas aussi faire un bon programme de développement. C'est pourquoi, nous avons dit avec nos partenaires financiers et des ministères, on se rencontre et on discute pour voir comment, nous pouvons mettre en place un mécanisme pour une meilleure désagrégation des données statistiques des personnes handicapées concernant toute action de développement », a-t-il expliqué.
Les associations attendent des directions générales des études statistiques et sectorielles qu'elles garantissent la disponibilité de ces données dans toutes les actions de développement nationales. C'est une exigence de souveraineté statistique : un État qui ne compte pas ses propres citoyens vulnérables ne peut pas les servir.
Un enjeu mondial de visibilité et de droits
Cette bataille des chiffres dépasse les frontières du pays. Comme le relève Collectifhandicap54, les données statistiques sur le handicap constituent un enjeu mondial de visibilité et de droits. Le Burkina Faso n'est pas seul face à ce déficit, mais il a l'occasion de montrer la voie dans la sous-région.
La Côte d'Ivoire voisine a engagé un chantier similaire : selon l'agence AIP, la coordination des associations de personnes handicapées de la région du Bas-Bandama a recensé 57 recommandations pour l'inclusion, à l'issue de rencontres tenues les 15 juillet, 19 août et 9 septembre 2026 à Bouaké.
« Ne laisser personne de côté » : un principe qui exige des chiffres
Étienne Badré, directeur pays de l'ONG Light for the World, a salué les progrès engagés par le Burkina Faso en faveur de l'inclusion des personnes handicapées. Il a toutefois pointé les attentes restantes.
« Il y a encore des attentes en particulier la question de rendre plus visible les données relatives aux personnes handicapées parce que c'est aussi le moyen d'attirer les politiques qui intègrent les besoins de toutes les couches, en particulier là où il y a des besoins d'adaptation particulière. Tout le monde n'a pas les mêmes besoins, les personnes handicapées ont des besoins spécifiques. Et avoir les données les concernant permet une meilleure prise en charge », a-t-il déclaré.
Pauline Kaboré, chargée de mission au ministère de la Famille et de la Solidarité, a rappelé que le Burkina Faso s'est engagé à ne laisser personne de côté, quel que soit son statut. Elle a déploré que les données statistiques actuelles ne permettent pas de distinguer les besoins spécifiques des personnes handicapées.
« Je lance un appel à chacun et à chacune d'entre vous, en particulier aux directeurs généraux des études statistiques et sectorielles et aux points focaux : saissons cette opportunité pour repartir avec des engagements concrets », a-t-elle insisté.
Les personnes handicapées, partenaires et non simples bénéficiaires
Emmanuel Savadogo, directeur du suivi et de l'évaluation des référentiels internationaux de développement au ministère de l'Économie et des Finances, a affirmé que le principe « ne laisser personne de côté », au cœur de l'Agenda 2030, oblige à porter une attention particulière aux personnes qui rencontrent des obstacles dans l'accès à l'éducation, à la santé, à l'emploi, aux infrastructures et aux services essentiels.
« Notre pays a engagé des initiatives importantes en matière de protection sociale, d'éducation inclusive, d'accès à l'emploi et de promotion des droits des personnes handicapées. Ces efforts doivent être poursuivis et surtout mieux documentés pour en apprécier la portée réelle », a-t-il lancé.
Il a également rappelé que les personnes handicapées et leurs organisations ne doivent pas être considérées uniquement comme des bénéficiaires des politiques publiques.
« Elles sont des partenaires à part entière dans l'identification des besoins, la conception des outils, l'analyse des résultats et l'évaluation des interventions », a-t-il mentionné.
Une feuille de route attendue pour l'ensemble du territoire
L'atelier doit déboucher sur une feuille de route et un mécanisme durable d'implication des personnes handicapées dans la production statistique. Pour les communautés rurales, souvent les plus touchées par le handicap et les moins visibles dans les enquêtes nationales, l'enjeu est concret : écoles adaptées, centres de santé accessibles, appuis agricoles ciblés.
Le Burkina Faso dispose déjà d'outils de population, comme le tableau de bord mondial présenté par le Fonds des Nations Unies pour la population, qui rassemble des données sur la fécondité, la scolarisation et la santé. Encore faut-il que les personnes handicapées y apparaissent distinctement, village par village, province par province.
La bataille de Ouagadougou n'est donc pas une affaire de techniciens. C'est une question de dignité nationale : compter chaque Burkinabè, c'est reconnaître sa place dans la construction du pays. Les directeurs généraux des études statistiques ont maintenant la parole, et les engagements concrets exigés par Pauline Kaboré devront se voir dès les prochaines opérations de recensement et d'enquête.
Questions fréquentes
Que demandent les associations de personnes handicapées du Burkina Faso ?
Elles demandent la désagrégation systématique des données statistiques relatives aux personnes handicapées dans toutes les initiatives et opérations de développement du pays.
Pourquoi la désagrégation des données est-elle importante pour le handicap ?
Sans données désagrégées, impossible de connaître les besoins spécifiques des personnes handicapées, ni de concevoir et d'évaluer des programmes de développement adaptés.
Qui participe à l'atelier de Ouagadougou du 29 octobre 2026 ?
Les associations de personnes handicapées, les directeurs généraux des études statistiques et sectorielles des ministères, les points focaux, ainsi que les ONG Sightsavers et Light for the World.
