Le dossier judiciaire sur l'assassinat des journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon, tués le 2 novembre 2013 à Kidal, dans le nord du Mali, est aujourd'hui bloqué. Selon Editions Le Pays, treize ans après les faits, la suspension de l'entraide judiciaire entre Paris et Bamako, consécutive à la rupture diplomatique de 2022, a mis l'enquête à l'arrêt.
Les deux envoyés spéciaux de Radio France Internationale avaient été enlevés quelques minutes après une interview d'un responsable du mouvement rebelle qui occupait alors Kidal. Leurs corps, criblés de balles, ont été retrouvés à la sortie de la localité, près d'un véhicule en panne abandonné par leurs ravisseurs. Le commando a été attribué à Al-Qaïda au Maghreb islamique, rappelle RFI.
Kidal, théâtre d'un crime aux zones d'ombre persistantes
Dès les premières heures, la thèse officielle d'un enlèvement qui aurait mal tourné a prévalu. Elle ne résiste plus à l'examen. L'absence d'indices fiables et concordants a ouvert la voie à une autre piste, rapportée par Editions Le Pays : celle d'un crime commis en représailles à la libération d'otages français intervenue peu avant.
Le 28 octobre 2013, quatre ressortissants français, Thierry Dol, Daniel Larribe, Pierre Legrand et Marc Féret, capturés en 2010 par AQMI sur le site d'uranium d'Arlit au Niger, avaient été libérés après trois ans de captivité. Certains ravisseurs se seraient estimés lésés dans le partage de la rançon.
Un nom traverse cette hypothèse : Baye Ag Bakabo. Ce Touareg, présenté comme intermédiaire informel dans les enlèvements et les négociations de rançon, aurait exprimé sa frustration après le partage inégal du « jackpot » d'Arlit. Cette colère aurait servi de détonateur au rapt des deux journalistes. Resté introuvable pendant des années, il a été abattu par les forces françaises en juin 2021 à Aguelhok, dans le nord du Mali.
Des témoins qui disparaissent, un dossier qui s'éteint
Chezick Ag Aoussa, décrit comme un interlocuteur privilégié des forces françaises et l'un des principaux instigateurs du rapt, a été tué en 2016 dans l'explosion de son véhicule à Kidal, après une réunion avec la Mission des Nations unies au Mali. Certains considèrent ces deux disparitions comme des assassinats ciblés visant à éliminer des témoins gênants ; d'autres laissent planer le soupçon d'une implication française dans ces morts.
À ce jour, les deux suspects encore en vie n'ont toujours pas été appréhendés. Ils sont peut-être les derniers détenteurs d'un secret qui n'a cessé de hanter les familles des victimes.
Une affaire d'État plus qu'une bavure locale
L'assassinat de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon interroge la capacité des États à garantir la justice quand ils sont eux-mêmes acteurs ou otages d'un théâtre géopolitique complexe, comme l'était le Mali en 2013 et comme il l'est encore aujourd'hui. Les années s'accumulent, les rapports se succèdent, les témoins se taisent, les pistes s'effacent.
Les familles ne réclament pas la vengeance, mais la vérité. Savoir qui a appuyé sur la gâchette, qui a laissé faire, qui savait et qui a choisi de se taire. C'est à ce prix qu'elles pourront commencer leur deuil, dans un dossier qui ressemble davantage à une affaire d'État qu'à une simple bavure locale.
Le 2 novembre, une journée née d'un crime commis sur notre sol
Il faut le rappeler avec force : la Journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre les journalistes a été instituée en 2013 précisément à la suite de cet assassinat perpétré sur le sol sahélien, comme le rappelle Titre Presse. Le Sahel a payé le prix du sang ; il est légitime que ses peuples exigent que la lumière soit faite, sans ingérence comme sans oubli. Cette date, chaque 2 novembre, doit rester pour nos pays un rappel que la sécurité des journalistes et la souveraineté des enquêtes vont de pair.
La rapporteuse spéciale du Conseil des droits de l'homme des Nations unies, Agnès Callamard, a d'ailleurs engagé à partir de l'été 2020 sa propre enquête sur cet assassinat, selon Wikipédia. Une initiative qui montre que la communauté internationale ne peut se contenter du silence.
Questions fréquentes
Qui étaient Ghislaine Dupont et Claude Verlon ?
Reporter et technicien son de RFI, en reportage à Kidal le 2 novembre 2013 lorsqu'un commando d'AQMI les a enlevés puis exécutés.
Pourquoi l'enquête est-elle bloquée ?
Parce que toute entraide judiciaire entre Paris et Bamako est suspendue depuis la rupture diplomatique entre les deux pays en 2022.
Que reste-t-il des suspects ?
Baye Ag Bakabo a été tué en 2021 et Cheick Ag Aoussa en 2016 ; les deux suspects encore en vie n'ont jamais été appréhendés.
