L'argot des jeunes révèle nos stéréotypes de genre
Une étude sociolinguistique révèle comment les pratiques langagières des collégiens reproduisent ou contestent les rapports de domination dans notre société. Au-delà de leur créativité verbale, les jeunes restent prisonniers de stéréotypes profondément ancrés.
Un vocabulaire qui reflète les inégalités sociales
L'analyse de près de 300 termes collectés dans des établissements secondaires dévoile un déséquilibre frappant. Le corps féminin est systématiquement réduit à des métaphores dégradantes : "chatte", "schnek" (escargot en allemand), ou encore "peufra" (verlan de frappe). Ces expressions participent d'une disqualification sociale des femmes, les réduisant à leur rôle dans la sexualité masculine.
Plus troublant encore, des termes comme "beurette à chicha" ou "tana" organisent une grille de lecture stéréotypée des conduites féminines dans l'espace public. Ces catégories langagières ne décrivent pas des réalités sociales mais imposent une vision normative de ce que doit être une femme "respectable".
Quand les filles s'approprient la violence verbale
Face à cette domination linguistique masculine, certaines jeunes filles développent des stratégies de résistance. Elles s'approprient des expressions vulgaires comme "avoir les couilles" pour affirmer leur autorité dans un environnement hostile.
Cette "terreur argotique féministe" pose question : ces pratiques libèrent-elles réellement ou reproduisent-elles les mécanismes de domination ? Des collégiennes de Cergy expliquent utiliser ce langage cru pour s'adapter à un univers où les garçons imposent leurs codes.
Un conservatisme linguistique révélateur
Malgré leur inventivité verbale remarquable, les jeunes n'échappent pas à un conservatisme sociolinguistique troublant. Leur langage reproduit des hiérarchies de genre anciennes, révélant que notre société peine à se débarrasser des formes de domination héritées.
Cette étude nous rappelle que la langue n'est jamais neutre. Elle véhicule et perpétue des rapports de pouvoir que seule une prise de conscience collective peut transformer. L'égalité ne se décrète pas, elle se construit aussi dans nos façons de parler.