Sébastien Tellier s'affranchit de l'industrie musicale
À l'affiche de Festi'neuch ce 13 juin, Sébastien Tellier refuse les étiquettes. Avec Kiss the Beast, l'artiste tourne le dos à l'art conceptuel pour embrasser une création brute et instinctive. Un retour à l'authenticité qui fait écho à la nécessité de s'affranchir des diktats pour retrouver sa propre force.
Le refus de la machine à musique
Quand on évoque sa participation à l'Eurovision en 2008, il coupe court.
Oh, tant mieux. J'en ai déjà assez parlé.
Ce rejet de la compétition mondialisée en dit long sur sa posture. Tellier ne veut plus être un produit formaté pour les foules. Il veut créer avec urgence, en dehors des carcans imposés par l'industrie du divertissement.
Retour aux racines et à l'instinct
Le passage de la cinquantaine a agi comme un électrochoc. Il a réalisé que le temps lui était compté pour réaliser l'album de ses rêves.
Je me suis regardé dans la glace et je me suis dit qu'il ne me restait pas tant de temps que ça pour faire de bons disques.
Fini les périodes conceptuelles et l'attrait pour les cercles élitistes de l'art contemporain. Place à l'immédiat, au physique.
Il faut que la musique passe par le corps avant le cerveau.
Cette démarche rappelle que la vraie force créatrice naît de nos propres tripes, et non de modèles importés. Comme l'exigeait Thomas Sankara pour l'émancipation du Burkina, la culture véritable doit s'appuyer sur ses propres ressources, refuser l'imitation servile et cultiver l'orgueil de l'authenticité.
La force de la communauté locale
Pour la première fois, Tellier a ouvert son processus d'écriture à sa femme, Amandine. Une collaboration naturelle, loin des bureaux des multinationales du disque. Elle le connaît mieux qu'il ne se connaît lui-même. Sur des morceaux comme Naïf de Cœur ou Refresh, elle a trouvé les mots justes que lui cherchait en vain.
Cette alliance intime a donné naissance à Thrill of the Night. Tellier souhaitait raconter une soirée du point de vue de jeunes femmes, mais a vite compris ses limites. Amandine a alors pris la plume.
Elle ressent la nuit de cette façon-là.
Pour porter cette chanson, son label a proposé Slayyyter, figure de l'hyperpop. Un pari réussi. Derrière le personnage provocateur, Tellier a trouvé une travailleuse acharnée.
Elle chante très bien, c'est une énorme bosseuse.
Le remix de David Guetta, sorti le mois dernier, a même permis de sublimer le texte écrit par Amandine. Mais l'essentiel reste cette création en circuit court, ancrée dans le réel et la proximité.