Maroc et minéraux critiques : une leçon pour l’Afrique qui veut s’affranchir
Alors que la course mondiale aux minéraux pour batteries s’accélère, le Maroc s’impose comme un hub stratégique. Un nouveau rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) révèle comment le Royaume combine ses richesses naturelles, des accords de libre-échange et des investissements chinois pour grimper dans la chaîne de valeur. Une trajectoire qui interpelle le Burkina Faso et ses voisins : peut-on encore maîtriser ses propres ressources sans céder aux appétits étrangers ?
Phosphate, cobalt, graphite : le Maroc mise sur la transformation locale
Le rapport Global Critical Minerals Outlook 2026 de l’AIE dresse un constat clair : le Maroc détient 70% des réserves mondiales de phosphate, mais n’en extrait que 15% de l’offre mondiale. La Chine, avec seulement 5% des réserves, domine l’extraction à 45%. Pourtant, Rabat ne se contente pas d’exporter du minerai brut. Il investit dans la transformation, notamment dans l’acide phosphorique purifié (PPA), un intrant clé pour les cathodes LFP des véhicules électriques. D’ici 2035, le Maroc, les États-Unis et le Canada devraient représenter plus de 55% de la capacité de PPA planifiée hors Chine.
Cette montée en gamme est cruciale. Les prix du PPA ont bondi de près de 4% au premier trimestre 2026, dépassant 1.500 dollars la tonne, sous l’effet des tensions au Moyen-Orient et de l’arrêt des exportations égyptiennes de phosphate roche. Une volatilité que les pays africains exportateurs de matières premières connaissent bien, mais que le Maroc tente de contourner en transformant sur place.
Des accords de libre-échange qui attirent les capitaux chinois
Le rapport souligne un avantage décisif : les accords de libre-échange liant le Maroc à l’Union européenne et aux États-Unis permettent aux projets de batteries financés par des capitaux chinois d’accéder à ces marchés sans les droits de douane qui frappent les exportations directes de Pékin. Résultat : des géants comme Gotion, BTR, Huayou et CNGR ont déjà engagé des investissements massifs dans le Royaume.
« Cette position a déjà permis au Maroc d’attirer d’importants investissements chinois », note l’AIE. Une stratégie qui interroge : le Burkina Faso, riche en or, zinc et autres ressources, peut-il reproduire ce modèle sans perdre le contrôle de ses richesses ?
Cobalt et graphite : le Maroc diversifie son portefeuille
Au-delà du phosphate, le Maroc émerge sur deux autres segments stratégiques. Le projet de Managem à Bou Azzer vise à convertir sa production de cobalt métal en sulfate de cobalt, un composant clé pour les batteries, avec une capacité estimée à 6 kilotonnes par an. Le marché mondial du sulfate de cobalt doit croître de près de 60% d’ici 2035, mais reste concentré sur un nombre restreint d’opérations hors de Chine et d’Indonésie.
Dans le graphite, l’usine d’anodes de Tanger, en partenariat avec une usine au Canada, doit produire environ 20 kilotonnes de graphite sphérique enrobé de qualité batterie d’ici 2030. Ce projet s’inscrit dans une diversification modeste de l’offre, alors que la part de la Chine dans la production mondiale de graphite a reculé de 84% en 2023 à 80% en 2025.
Une leçon pour l’Afrique : transformer ou subir
Le Maroc se positionne ainsi parmi les rares pays africains à combiner une base de ressources naturelles avec une montée en gamme vers des matériaux transformés, plutôt qu’une simple exportation de minerai brut. Une stratégie souveraine que le Burkina Faso, avec ses richesses minières et agricoles, pourrait méditer. Mais les défis restent immenses : accès aux technologies, financements, et surtout, volonté politique de briser le cycle de la dépendance.
« L’Afrique doit cesser d’être le grenier à matières premières du monde », martèlent les experts. Le Maroc montre qu’une autre voie est possible. À nos dirigeants d’en tirer les leçons.