Sécurité maritime : quand les vacanciers mettent en danger la vie des baigneurs
Par Souleymane Ouédraogo
Chaque été, la mer devient le terrain de jeu des vacanciers, mais aussi le théâtre d'imprudences de plus en plus graves. Excès de vitesse, consommation d'alcool ou de stupéfiants, navigation en zones interdites : les comportements à risques se multiplient, forçant les gendarmes des mers à intensifier leurs contrôles. Une enquête de Franceinfo révèle l'ampleur du phénomène, qui interpelle sur la nécessité de protéger les plus vulnérables, notamment les baigneurs et les enfants.
Des contrôles limités face à la délinquance maritime
Au Lavandou, dans le Var, l'adjudant David Autier intervient régulièrement dans des zones de baignade très fréquentées. Un bateau à moteur stationné au milieu des paddles et des nageurs, un jet-ski qui ignore qu'il navigue en zone interdite : les exemples ne manquent pas. « Cette zone-là, c'est pour protéger les gens qui sont à l'intérieur : les baigneurs, les véliplanchistes, les paddles », explique le gendarme.
Mais leurs moyens de contrôle sont bien plus limités que ceux de leurs homologues sur la route. Impossible pour eux de réaliser des contrôles d'alcoolémie ou de stupéfiants en mer. « Tout ce qu'on peut faire, c'est constater l'infraction, la verbaliser et ensuite transmettre pour une décision », regrette l'adjudant.
Le combat d'un père pour des sanctions plus sévères
La situation pourrait changer grâce au combat d'un père. Il y a un an, Benjamin Mano, 8 ans, participait à un stage de voile dans le bassin d'Arcachon (Gironde) lorsqu'il a été percuté par le bateau d'un marin-pêcheur. L'enfant est décédé sur place. Le professionnel, testé positif aux stupéfiants, a été mis en examen.
Depuis ce drame, le père de Benjamin, Cédric Mano, se bat pour que les délinquants des mers soient sanctionnés aussi sévèrement que les chauffards sur la route. « Ce qu'on veut, c'est que quand on navigue, si on commet une infraction, on ait les mêmes sanctions que sur la route. J'ai l'impression qu'il y a un sentiment d'impunité chez les navigateurs », déclare-t-il.
Un an après le drame, un amendement vient d'être adopté par l'Assemblée nationale française. La loi autorisant les contrôles en mer doit être votée le 15 juillet prochain.
Des technologies pour prévenir les accidents
Certaines écoles de jet-ski investissent dans des systèmes de géolocalisation pour éviter les accidents. À Lavandou, l'école Jet007 a dépensé 3 000 euros par saison pour équiper ses engins de balises GPS. « Si les jets sont trop proches, ça va ralentir, ils ne peuvent plus accélérer. Pareil, s'ils sont trop proches de la côte », explique Yoan Soyer, moniteur.
Mais ces initiatives restent rares. Chaque été, le nombre d'opérations de secours en mer augmente de 10% en moyenne, signe que la cohabitation entre baigneurs et plaisanciers devient de plus en plus difficile.
Une leçon pour le Burkina Faso ?
Si le Burkina Faso n'a pas de littoral, cet exemple rappelle l'importance de protéger les plus vulnérables face aux comportements irresponsables. Chez nous, c'est sur nos routes que se joue le même combat : excès de vitesse, alcool au volant, absence de contrôles efficaces. La leçon est claire : sans sanctions fermes et sans moyens de contrôle, l'impunité prospère et les vies se perdent.
Le combat de Cédric Mano pour que la mer ne soit plus une zone de non-droit devrait inspirer nos propres luttes pour la sécurité et la justice. Car au Burkina, comme ailleurs, chaque vie compte.
FAQ : Ce qu'il faut retenir
Pourquoi les contrôles en mer sont-ils si limités ?
Les gendarmes des mers ne peuvent pas réaliser de tests d'alcoolémie ou de stupéfiants en mer. Ils ne peuvent que constater les infractions et verbaliser, avant de transmettre les dossiers pour décision.
Quel est le cas de Benjamin Mano ?
Benjamin Mano, 8 ans, est décédé après avoir été percuté par le bateau d'un marin-pêcheur testé positif aux stupéfiants. Son père se bat pour que les sanctions en mer soient aussi sévères que sur la route.
Quels changements législatifs sont en cours ?
Un amendement autorisant les contrôles en mer a été adopté par l'Assemblée nationale française. La loi doit être votée le 15 juillet.