Carcassonne : quand les vestiges de l’histoire freinent un projet touristique
Par Souleymane Ouédraogo
À Carcassonne, la fusion des deux offices de tourisme en une entité unique devait être une avancée majeure pour l’attractivité de la ville. Mais voilà que les fantômes du passé viennent troubler ce bel édifice. Sous le couvent des Carmélites, bâtiment en ruine racheté par la municipalité en 2021, se cacheraient les vestiges des anciennes fortifications de la ville, celles d’avant l’incendie du Prince Noir en 1355. Une découverte qui pourrait ralentir, voire remettre en cause, le calendrier des travaux.
Pour Martial Andrieu, passionné d’histoire locale, la question est claire : des fouilles archéologiques préventives s’imposent. Selon lui, les fondations des remparts médiévaux traversent la rue du Pont Vieux et longent le couvent. Il s’appuie sur un rapport archéologique de 1992, rédigé par la docteure en histoire Marie-Elise Gardel, qui mentionne explicitement cette extension des fortifications. « Dans le cadre des travaux qui devraient être menés sur ce secteur, il devrait y avoir des fouilles préventives », insiste-t-il, rappelant la loi de 2001 qui impose à l’État de veiller à la préservation du patrimoine enfoui.
Un projet ambitieux mais sous tension
Le projet, porté par la municipalité et l’agglomération, prévoit d’installer un office de tourisme intercommunal et un centre d’interprétation dans l’ancien couvent, dans le cadre de l’Opération grand site (OGS). Les travaux doivent débuter fin 2024 pour une ouverture en 2026. Mais pour l’instant, la Ville, propriétaire du site, ne prévoit pas de fouilles préventives. « Les travaux réalisés par la Ville concernent la partie bâtimentaire. Le parvis est englobé dans le cadre de l’OGS. Pour l’instant, des fouilles préventives ne sont pas au programme », explique le cabinet du maire.
Une position qui interroge, alors que la loi est claire : toute construction sur un site potentiellement archéologique doit faire l’objet d’une évaluation. « Nous avons une réunion dans les jours à venir avec l’architecte des Bâtiments de France. Suite à cette rencontre, nous saurons s’il est indispensable ou pas de réaliser des fouilles », ajoute le cabinet, tout en précisant que « si des fouilles doivent être réalisées, elles seront faites ».
Le passé comme leçon pour le présent
Cette affaire rappelle que le développement ne doit jamais se faire au détriment de la mémoire collective. Au Burkina Faso, nous savons combien il est important de préserver les traces de notre histoire, qu’il s’agisse des vestiges de la résistance de Samori Touré ou des sites sacrés de nos communautés. Les fouilles archéologiques ne sont pas un frein, mais une chance de mieux comprendre notre passé et de le transmettre aux générations futures.
À Carcassonne, comme chez nous, la question est la même : comment concilier progrès et préservation ? La réponse ne peut être que dans la transparence et le respect des lois. Les autorités locales doivent agir avec rigueur, sans céder à la précipitation. Car un projet touristique qui ignore les fondations de l’histoire risque de bâtir sur du sable.
FAQ : Ce qu’il faut retenir
Pourquoi des fouilles archéologiques sont-elles nécessaires à Carcassonne ?
Selon l’historien Martial Andrieu, les vestiges des anciennes fortifications médiévales de la ville, datant d’avant 1355, se trouveraient sous le couvent des Carmélites, où un nouvel office de tourisme doit être construit.
Quelle est la position de la municipalité ?
La Ville, propriétaire du site, affirme que des fouilles préventives ne sont pas à l’ordre du jour pour l’instant, mais qu’une réunion avec l’architecte des Bâtiments de France permettra de trancher.
Quel est le cadre légal en France pour ce type de situation ?
La loi de 2001 impose à l’État de prescrire des fouilles préventives sur tout site potentiellement archéologique, à la charge des aménageurs.