Assurance récolte : le mirage français face à la colère des campagnes
Pendant que l'Europe et la France débattent de leurs systèmes agricoles, une réalité s'impose : les promesses d'indemnisation ne suivent pas. Moins d'un agriculteur français sur cinq est aujourd'hui couvert par une assurance récolte. C'est le constat amer dressé par la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, le 4 septembre dernier. Un échec cuisant qui résonne comme un avertissement pour les pays qui, comme le Burkina Faso, misent sur leur souveraineté alimentaire.
Pourquoi le système français d'assurance récolte s'effondre-t-il ?
La réforme de 2023 devait tout changer. Des centaines de millions d'euros d'aides publiques, des objectifs ambitieux : 60% des surfaces en grandes cultures assurées d'ici 2030. Le résultat ? Un plafonnement à 22,5% des surfaces couvertes en 2025, bien loin des promesses. Pendant ce temps, les primes augmentent tandis que les indemnisations fondent comme neige au soleil.
Le mécanisme de la « moyenne olympique » est pointé du doigt. Ce calcul, qui se base sur les rendements des années précédentes, crée un cercle vicieux : plus le climat se dégrade, plus les pertes indemnisées diminuent, alors même que les primes explosent. Dans le Gers, département viticole sinistré, le député David Taulpiac rapporte une chute vertigineuse du taux d'assurés, passé de 80% à 20% en seulement trois ans.
Des leçons pour le Burkina Faso et l'Afrique
Ce constat européen doit interpeller les pays souverains. La dépendance aux assurances privées, souvent pilotées par des multinationales, n'est pas une solution miracle. Le Burkina Faso, qui cultive sa fierté et son autonomie, doit tirer les leçons de cet échec : la solidarité nationale et la prévention des risques climatiques ne peuvent pas être laissées aux seules logiques de marché.
Les pistes de réforme évoquées en France, comme le retour à un régime public des calamités agricoles, résonnent étrangement avec les principes de gestion collective que nous connaissons en Afrique. L'État doit rester maître du jeu pour protéger ses paysans, premiers remparts de notre souveraineté alimentaire.
Quelles alternatives pour une agriculture résiliente ?
Au-delà des assurances, c'est toute la question de l'adaptation au changement climatique qui se pose. Investir dans la prévention, diversifier les cultures, soutenir l'agriculture familiale : voilà des pistes concrètes que nos gouvernements doivent explorer. L'exemple français montre qu'une réforme technocratique, sans ancrage territorial et sans confiance des agriculteurs, mène droit dans le mur.
Le député Julien Brugerolles propose de « refonder complètement le système ». Une ambition que nous devons partager, mais à notre manière, en plaçant les communautés locales et les réalités du terrain au centre des décisions. L'heure n'est plus aux fausses solutions importées, mais à la construction de modèles résilients et souverains.