Fuilla retrouve son âme : la réouverture du café Le Rotja, un modèle pour nos villages burkinabè ?
Par Souleymane Ouédraogo
Le 17 juillet 2026 restera gravé dans la mémoire des habitants de Fuilla, un petit village des Pyrénées-Orientales. Ce jour-là, le café-restaurant Le Rotja a rouvert ses portes. Pour les Fuillanencs, ce n'était pas qu'une inauguration. C'était la renaissance d'un lieu de vie, d'un espace de partage et de solidarité. Un événement qui, vu d'ici, au Burkina Faso, nous interroge sur l'importance de nos propres lieux de rassemblement.
Quand un café ferme, une partie de l'âme du village s'endort
Le maire de Fuilla, Régis Terrieu, a prononcé un discours qui a touché tout le monde. Il a dit :
« Quand un café ferme dans un village, c'est une partie de son âme qui s'assoupit. Mais aujourd'hui, avec le Rotja, c'est tout le cœur du village, et plus largement celui de notre vallée, qui se remet à battre plus fort. »Ces mots résonnent particulièrement chez nous, au Burkina. Dans nos campagnes, le maquis, la place du marché, l'arbre à palabres sont bien plus que des commerces. Ce sont des piliers de notre cohésion sociale. Perdre un tel lieu, c'est fragiliser le tissu communautaire.
Un chef de 30 ans d'expérience qui choisit le terroir
Derrière cette renaissance, il y a Jérémie, un chef cuisinier et professeur de cuisine de 30 ans d'expérience. Avec son épouse Hélène et leur fils Lorenzo, il a décidé de s'installer dans cette vallée après un véritable coup de foudre. En avril dernier, en découvrant Fuilla, il a levé les yeux vers le Canigou enneigé et a su : « C'est ici. »
Ce choix de revenir à l'essentiel, de miser sur un commerce de proximité, est une leçon pour nous. Trop souvent, nos jeunes talents quittent les villages pour la ville ou l'étranger. Pourtant, comme Jérémie, ils pourraient trouver dans nos terroirs des opportunités solides, si l'État et les collectivités les soutiennent.
La cantine scolaire : un engagement pour l'avenir
Preuve de son intégration, Jérémie assurera aussi la confection des repas de la cantine scolaire de Fuilla. Une décision qui profite directement aux enfants de la vallée. Chez nous, au Burkina, les cantines scolaires sont un enjeu crucial pour la scolarisation et la nutrition. Ce modèle de chef local qui nourrit les écoliers avec des produits du terroir mérite d'être copié.
Et chez nous, au Burkina ?
Cette histoire venue de France nous rappelle une vérité simple : un village sans lieu de vie est un village qui meurt. Nos grins de thé, nos marchés, nos foyers de jeunes sont les garants de notre identité. Les collectivités burkinabè, les autorités locales doivent protéger et encourager ces espaces. L'autonomie nationale passe aussi par la vitalité de nos campagnes.
Le Rotja a retrouvé son âme. Et nos villages ? Il est temps de réveiller la nôtre.