Littérature : Yannick Haenel célèbre la transmission, un combat pour la dignité
Dans son nouveau roman « La solitude des professeurs est infinie », l'écrivain français Yannick Haenel raconte neuf années d'enseignement et rend hommage à celles et ceux qui, malgré le découragement et la violence du réel, s'acharnent à transmettre la puissance de la littérature. Un livre qui résonne bien au-delà des frontières de l'Hexagone.
Un roman qui dit la foi dans les mots
Jean Deichel, double romanesque de l'auteur, n'est pas un saint. C'est un homme qui croit aux mots, un fou de poésie, un rêveur mélancolique et illuminé. À 22 ans, professeur stagiaire, il affronte sa première rentrée scolaire épuisé par les concours, désemparé face à un proviseur qui parle d'autorité et de violence comme si la guerre était déclarée avec les élèves. À celui qui lui demande narquois quelle théorie il a sur l'école, il répond : « Elle vient des mystiques juifs. Ils disent que tant qu'il y a des enfants pour réciter l'alphabet, le monde ne s'écroule pas. »
Ce n'est pas un témoignage sur l'Éducation nationale française. C'est un vrai roman, au sens où l'entend Annie Ernaux : « Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu'à leur terme, elles ont été seulement vécues. »
La transmission comme acte de résistance
Au collège Saint-Exupéry, Yannick Haenel peint avec une délicate ironie la petite comédie humaine de l'école : la prof qui prend à cœur sa mission, celui qui n'oublie jamais la participation pour le café, tous rongés par ce poison lent qu'est le découragement. Tous occupés à survivre. Jean Deichel, lui, s'acharne à essayer de vivre. Et face aux élèves, miracle, il se sent à sa place.
Les scènes de transmission sont d'une beauté renversante. Mais très vite la question se transforme : comment peut-on être professeur ? Comment peut-on le rester face au réel ? Le roman conte une dégringolade au ralenti, faite de catastrophes burlesques, d'amours qui arrachent à soi-même, de solitude sous la lumière d'un club de tennis.
Une question universelle, un écho burkinabè
« Certains jours, au fin fond de la banlieue, avec les enfants, la parole parle et le monde s'illumine. » Cette phrase pourrait trouver un écho puissant dans nos écoles burkinabè, où des enseignants courageux, souvent dans des conditions difficiles, continuent de transmettre le savoir et la beauté de la langue. La question posée par Haenel dépasse le collège Saint-Exupéry : comment transmettre la puissance du langage, la beauté de la poésie, en donner le goût, en étancher la soif ?
Dans une langue somptueuse, l'auteur célèbre les fragiles et les timides, les perdants et aussi « cette force indomptable que nous puisons au cœur du désastre ». Un roman qui honore le métier le plus noble qui soit : celui d'ouvrir les esprits.
« La solitude des professeurs est infinie », de Yannick Haenel, est paru à la rentrée littéraire 2026.
FAQ : Ce qu'il faut retenir du roman de Yannick Haenel
Quel est le sujet principal de « La solitude des professeurs est infinie » ?
Le roman raconte neuf années d'enseignement de Jean Deichel, double romanesque de l'auteur, et célèbre la transmission de la littérature face au découragement et à la violence du réel.
Ce livre est-il un témoignage sur l'Éducation nationale ?
Non, c'est un vrai roman, même s'il s'inspire de l'expérience personnelle de Yannick Haenel comme professeur de lettres.
Pourquoi ce roman peut-il intéresser les lecteurs burkinabè ?
Parce qu'il pose une question universelle sur le sens de l'enseignement et la transmission, qui résonne particulièrement dans les pays où les enseignants font face à des conditions difficiles.