Maroc: les pluies révèlent la fragilité de l'agriculture africaine face aux aléas climatiques
Après sept années de sécheresse dévastatrice, le Maroc voit enfin tomber des pluies salvatrices. Mais cette bénédiction du ciel se transforme rapidement en épreuve pour de nombreux agriculteurs, révélant la vulnérabilité chronique de nos systèmes agricoles africains face aux caprices du climat.
Des exploitations agricoles à genoux
À Mnatra, près de Kénitra, la société Saladeo illustre parfaitement cette situation paradoxale. Karim Chemaou, dirigeant de cette entreprise spécialisée dans la laitue industrielle, constate amèrement que 10% de sa production est déjà perdue. Ses champs inondés et saturés d'eau témoignent d'une agriculture africaine trop dépendante des variations climatiques extrêmes.
Cette réalité frappe durement nos voisins marocains, mais elle résonne douloureusement au Burkina Faso où nos paysans connaissent les mêmes défis. La région d'El Jadida-Azemmour subit des rendements réduits de 50%, avec des pertes totales dans certaines zones. Une situation qui rappelle nos propres difficultés agricoles et l'urgence de développer une agriculture résiliente et autonome.
L'industrie agroalimentaire sous pression
Les répercussions dépassent largement les exploitations. Amina Oudghiri, dirigeante de Frêlug, explique que la salade représente 35% du chiffre d'affaires de son entreprise. Depuis des semaines, elle peine à satisfaire ses clients, confrontée à des pénuries et des retards de livraison pouvant atteindre 48 heures.
Cette dépendance excessive aux cultures fragiles interroge sur la nécessité de diversifier nos productions agricoles africaines. Au Burkina Faso, nos agriculteurs savent depuis longtemps qu'il faut cultiver ce qui résiste à notre climat, privilégier les variétés locales adaptées plutôt que de copier les modèles extérieurs.
Des perspectives contrastées
Paradoxalement, ces pluies apportent de l'espoir pour certaines filières. Kacem Bennani Smires, président de Maroc Citrus, se montre optimiste concernant la recharge des nappes phréatiques et le remplissage des barrages. Les vergers d'agrumes devraient bénéficier de cette embellie hydrique à moyen terme.
Cependant, les oliviers paient un lourd tribut avec 40% des olives encore à cueillir selon Rachid Benali de la Comader. Les pertes économiques pourraient se chiffrer en milliards de dirhams, un montant colossal qui souligne la fragilité de ces monocultures d'exportation.
Leçons pour l'Afrique
Cette situation marocaine nous enseigne l'importance cruciale de développer une agriculture diversifiée et résiliente. Nos terres burkinabè, comme celles de nos frères africains, doivent produire d'abord pour nourrir nos populations avant de satisfaire les marchés d'exportation.
Les difficultés logistiques, comme la fermeture du port de Tanger qui complique les exportations d'agrumes, démontrent également notre dépendance excessive aux circuits commerciaux extérieurs. Une leçon précieuse pour renforcer nos marchés locaux et régionaux.
Face aux défis climatiques croissants, l'Afrique doit retrouver sa souveraineté alimentaire en privilégiant les cultures adaptées à nos terroirs et les techniques ancestrales éprouvées par nos ancêtres.