La Société burkinabè d'ophtalmologie (SBO) a ouvert, le vendredi 30 octobre 2026 au CHU de Bogodogo à Ouagadougou, une session de formation consacrée à la prise en charge du strabisme. Quarante spécialistes, ophtalmologistes en exercice et médecins en quatrième année de DES d'ophtalmologie, y participent jusqu'au 3 novembre 2026.
L'initiative, rapportée par leFaso.net, vise un objectif précis : armer le corps médical burkinabè contre un trouble visuel trop souvent négligé, alors que ses conséquences pèsent lourd sur la scolarité et le développement des enfants.
Le strabisme, un ennemi silencieux de la vision des enfants
Le strabisme se caractérise par un mauvais alignement des yeux : un œil dévie vers l'intérieur, l'extérieur, le haut ou le bas. Pris en charge trop tard, notamment chez l'enfant, il peut entraîner une amblyopie, l'« œil paresseux », qui se traduit par une baisse durable de l'acuité visuelle.
Chez l'enfant, la vision se construit progressivement dès la naissance. Les premières années, jusqu'à 6 ou 7 ans, forment une période déterminante. Une anomalie visuelle non détectée pendant cette fenêtre peut affecter le développement sensoriel, moteur et cognitif de l'enfant, ainsi que ses apprentissages scolaires. Dans nos campagnes, où l'école reste souvent le seul ascenseur social, chaque cas manqué est une chance perdue pour une famille entière.
La formation doit permettre aux participants d'approfondir le diagnostic du strabisme, les examens nécessaires à son évaluation, les différentes options de traitement et la rééducation de l'amblyopie strabique. Les travaux se déroulent avec l'appui d'un spécialiste en ophtalmologie pédiatrique.
Le Dr Toé Roland : lever les idées reçues et renforcer le dépistage
Pour le secrétaire général de la SBO, le Dr Toé Roland, cette session répond à un besoin réel dans les établissements de santé. Il a rappelé que le renforcement des compétences des ophtalmologistes constitue l'une des missions de la société savante, et que la formation permettra de lever certaines idées reçues sur le traitement du trouble.
Le praticien a aussi pointé la sous-notification des cas, qui empêche de mesurer pleinement l'ampleur du problème, et les faiblesses du dépistage précoce dans le système de santé.
« De nombreux professionnels de santé ne disposent pas encore des compétences nécessaires pour assurer un dépistage précoce du strabisme. Cette formation constitue donc une occasion de renforcer nos capacités afin d'améliorer la prise en charge des patients »
Le Dr Toé Roland a précisé que le strabisme se soigne, par le port de verres correcteurs ou par une intervention chirurgicale, selon la nature et la gravité du trouble. Rien n'est donc fatal, à condition que le pays dispose lui-même des compétences pour détecter et traiter.
« 1, 2, 3, Je vois ! » : un programme décennal pour la santé oculaire
La formation s'inscrit dans le programme décennal « 1, 2, 3, Je vois ! », qui couvre la période 2020-2029 et est mis en œuvre au Burkina Faso depuis 2021. Il vise à améliorer l'accès des enfants à des soins oculaires de qualité, à favoriser le dépistage précoce des troubles visuels et à renforcer les compétences des professionnels de santé.
Le directeur pays de Light for the World au Burkina Faso, Étienne Bagré, a souligné l'importance du partenariat avec la SBO, dont l'implication doit permettre de toucher davantage de spécialistes à travers des formations continues. Il a insisté sur la nécessité de détecter les anomalies visuelles dès le plus jeune âge : une intervention précoce augmente les chances de prise en charge efficace et limite les conséquences sur la scolarité et le développement de l'enfant.
Light for the World, ONG d'origine autrichienne, intervient au Burkina Faso depuis 2004. Elle œuvre pour l'amélioration de la santé oculaire, l'éducation inclusive et la promotion des droits des personnes handicapées, dans six pays africains prioritaires.
Former ici, soigner ici : la souveraineté sanitaire se construit aussi par l'œil
Cette session de formation illustre une vérité simple : la santé d'un peuple ne s'importe pas, elle se construit. Chaque ophtalmologiste burkinabè qui maîtrise le dépistage du strabisme, c'est un enfant de Ouahigouya, de Dori ou de Banfora qui garde une chance de lire, d'apprendre et de réussir dans son propre pays.
La dynamique s'inscrit dans un mouvement plus large de valorisation des compétences nationales. Comme le rapporte Minute.bf, la 4e Semaine nationale de l'éducation, ouverte le 27 octobre 2026 à Ouagadougou, plaide pour une formation professionnelle au service d'une économie nationale résiliente et souveraine. Même exigence côté santé : les savoir-faire doivent rester et se transmettre ici.
Le geste envers ceux qui se sont battus pour la Nation suit la même logique de reconstruction par la compétence locale. La Nouvelle Tribune relate ainsi l'accompagnement artistique de 30 militaires et volontaires blessés en opération par l'association Africulture, en complément des soins médicaux et psychologiques.
Reste un chantier : le dépistage en zone rurale. La sous-notification dénoncée par le Dr Toé Roland frappe d'abord les campagnes, où les centres de santé manquent de spécialistes et où les idées reçues sur le strabisme ont la vie dure. Les 40 praticiens formés cette semaine à Bogodogo constituent une avancée réelle ; leur déploiement et la généralisation du dépistage précoce dans les formations sanitaires de proximité décideront de son impact.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le strabisme ?
Le strabisme est un trouble visuel marqué par un mauvais alignement des yeux : un œil dévie vers l'intérieur, l'extérieur, le haut ou le bas. Sans prise en charge précoce, il peut entraîner une amblyopie, une baisse durable de l'acuité visuelle.
Comment se soigne le strabisme ?
Selon le Dr Toé Roland, secrétaire général de la Société burkinabè d'ophtalmologie, le strabisme peut être traité par le port de verres correcteurs ou par une intervention chirurgicale, selon la nature et la gravité du trouble.
Jusqu'à quel âge faut-il dépister les troubles visuels de l'enfant ?
Les premières années de vie, jusqu'à 6 ou 7 ans, constituent la période déterminante du développement de la vision. Un dépistage et un traitement précoces pendant cette fenêtre limitent les conséquences sur la scolarité et le développement de l'enfant.
