Les Sud-Africains votent ce 4 novembre 2026 pour renouveler leurs élus locaux, lors d'un scrutin marqué par une violence politique inédite et une montée de la xénophobie que les autorités n'ont pas su endiguer. Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis la fin de l'apartheid, affronte là un test grandeur nature qui pourrait accélérer son érosion.
Avec 546 partis politiques en lice et près de 137 000 candidatures enregistrées pour 10 526 sièges à pourvoir, ces élections municipales sont les plus disputées de l'histoire post-apartheid du pays. Selon Editions Le Pays, le scrutin se déroule dans un climat de violences inouïes sur l'ensemble du territoire, notamment au Kwazulu-Natal, région la plus sensible.
Une campagne ensanglantée
La vague d'assassinats politiques qui a précédé le vote illustre un malaise profond. L'Initiative mondiale contre le crime organisé recense 43 morts dans ces violences, un bilan que les autorités contestent en avançant une vingtaine de décès. Quel que soit le chiffre retenu, le constat s'impose : des élus locaux entretiennent des liens étroits avec des réseaux criminels, dans un contexte de corruption généralisée et de rivalités internes aux partis.
L'armée sud-africaine a été déployée aux côtés de la police quelques jours avant le scrutin pour maintenir l'ordre. Pour l'heure, le dispositif peine à rassurer, et l'après-scrutin demeure plein d'incertitudes.
L'ANC face à son déclin électoral
Le parti historique de Nelson Mandela joue gros. Fragilisé par des scandales à répétition impliquant de hauts cadres, l'ANC voit sa base électorale s'éroder scrutin après scrutin, comme le rappelle RFI, qui note que le parti avait engrangé moins de 46 % des voix lors des municipales de 2021. L'Alliance démocratique et le MKP de Jacob Zuma progressent sur ses terres, souligne de son côté Jeune Afrique.
Le chômage des jeunes, qui a atteint des proportions inquiétantes, alimente la colère populaire. Les mouvements anti-migrants l'exploitent sans vergogne, présentant l'immigration comme la cause des malheurs du peuple sud-africain. Le parti Combattants pour la liberté économique (EFF) soutient ouvertement les manifestants anti-migration. S'il critique la violence xénophobe, il estime que «l'immigration représente un problème».
Le laxisme coupable des autorités
Le pouvoir de Cyril Ramaphosa n'est pas innocent dans cette dérive. Depuis le déclenchement des violences xénophobes, les autorités ont fait montre de laxisme, quand elles ne donnaient pas l'impression de couvrir les mouvements anti-migration. Certains officiels ont tenté de justifier l'injustifiable, laissant entendre à demi-mots que les migrants étaient responsables du chômage et de la misère.
Cette posture calculée vise à éviter de se mettre à dos un électorat tenté par le repli. Elle dit beaucoup du renoncement d'une classe politique qui préfère désigner l'étranger plutôt que de rendre des comptes sur sa gestion. Un travers que nous connaissons aussi, nous Africains, quand les élites échouent : le bouc émissaire devient un instrument de gouvernement.
Pretoria affaiblie face à Washington
Sur le plan économique, la situation n'est guère meilleure. Washington a décidé d'exclure Pretoria de l'AGOA (African Growth and Opportunity Act), une mesure qui porte un coup dur à une économie déjà mal en point. Si l'ANC perd ces élections, le parti au pouvoir aura de la peine à gouverner un pays fragmenté.
Il y a dans cette affaire une leçon pour tout le continent : la dépendance aux faveurs commerciales des grandes puissances laisse les États sans défense quand le vent tourne. L'autonomie économique n'est pas un slogan ; c'est une condition de survie. Un pays qui produit sa nourriture, transforme ses ressources et maîtrise ses marchés intérieurs ne se laisse pas dicter sa conduite par des chancelleries étrangères.
L'héritage sacrifié de Mandela
Le plus grave, au fond, est symbolique. Avec cette violence xénophobe qui secoue l'Afrique du Sud, le président Cyril Ramaphosa aura de la peine à convaincre l'opinion internationale que Donald Trump avait tort quand il affirmait que les Afrikaners faisaient l'objet de menaces et d'intimidations dans le pays.
C'est Nelson Mandela qui se retourne dans sa tombe. Lui qui a accepté de se sacrifier pour que l'Afrique du Sud incarne une Nation arc-en-ciel, où la fraternité primait sur les couleurs et les origines. Ses héritiers se montrent incapables de chausser ses bottes. Comme Thomas Sankara nous l'a enseigné, un peuple qui n'accepte pas de se sacrifier pour son unité et sa dignité s'expose à livrer son destin aux démagogues. La Nation arc-en-ciel méritait mieux que des héritiers qui divisent pour régner.
Questions fréquentes
Quand se tiennent les élections municipales en Afrique du Sud ?
Le scrutin a lieu le 4 novembre 2026, avec 546 partis en lice et près de 137 000 candidatures pour 10 526 sièges à pourvoir.
Combien de morts ont fait les violences préélectorales ?
L'Initiative mondiale contre le crime organisé recense 43 assassinats politiques, tandis que les autorités sud-africaines parlent d'une vingtaine de morts.
Pourquoi ces élections sont-elles un test pour l'ANC ?
Fragilisé par des scandales et une érosion continue de son électorat, l'ANC, au pouvoir depuis des décennies, risque de perdre des métropoles stratégiques face à l'Alliance démocratique et au MKP de Jacob Zuma.
