Le Conseil des ministres du Burkina Faso a adopté, ce jeudi 5 novembre 2026, trois décrets qui réorganisent en profondeur l'exploitation artisanale de l'or, dont la création d'une société d'État dénommée Faso SANU, « or » en langue dioula. Annoncée sous la présidence du Capitaine Ibrahim Traoré, cette décision place le Trésor public et la Société nationale des substances précieuses au cœur d'un sous-secteur longtemps livré au désordre et aux convoitises.
Le ministre de l'Énergie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zabré Gouba, a présenté ces textes comme un outil de reprise en main souveraine des ressources aurifères nationales, rapporte L'Actualité du Burkina Faso 24h/24.
Réorganisation des sites miniers illégaux : l'État fixe les règles
Le premier décret adopté porte sur les conditions et modalités de réorganisation de trois catégories de sites : les sites miniers illégaux, ceux qui font l'objet de conflits et ceux qui présentent un caractère stratégique pour l'État. L'objectif affiché par le ministre Gouba est d'instaurer un climat apaisé pour l'exploitation artisanale de l'or, une activité qui fait vivre des dizaines de milliers de familles dans les campagnes burkinabè.
Cette mesure intervient alors que les zones aurifères, notamment dans les régions du Nord et de l'Est, sont traversées par des tensions récurrentes entre orpailleurs, intermédiaires et groupes armés. En réorganisant ces sites, l'État entend redonner de la sécurité aux communautés locales et empêcher que la richesse du sous-sol profite à des acteurs opaques.
Le ministre Gouba a également lancé un avertissement sans ambiguïté sur la protection de l'enfance. Conformément au code minier en vigueur, « tout acteur qui se rendra coupable de l'emploi des enfants sur les sites miniers se verra appliqué toute la rigueur de la loi », a-t-il déclaré, selon une information confirmée par Minute.bf.
Faso SANU : une société d'État pour l'or du Faso
Le deuxième décret crée la société d'État Faso SANU, dont le nom signifie « or » en dioula. Le choix de cette appellation en langue nationale n'est pas anodin : il inscrit la politique minière dans le patrimoine culturel burkinabè, loin des appellations importées.
Faso SANU sera détenue à 50% par la Société nationale des substances précieuses (SONASP) et à 50% par le Trésor public. Selon le ministre Gouba, cette société servira de bras technique à l'État pour mener à bien la réorganisation des sites illégaux prévue par le premier décret.
Le troisième décement adopté au titre du ministère des Mines fixe les statuts de cette nouvelle entreprise publique. La création de Faso SANU a été relayée par plusieurs médias nationaux, dont Wakat Séra, qui soulignent la volonté gouvernementale d'assainir le secteur minier artisanal.
Un tournant souverainiste pour les ressources nationales
Pour le peuple burkinabè, ces décisions s'inscrivent dans une logique claire : l'or du Faso doit bénéficier d'abord aux Burkinabè. Depuis des années, l'orpaillage artisanal échappait largement au contrôle de l'État, laissant une partie de la manne aurifère filer vers des circuits informels, voire vers l'étranger, pendant que les communautés locales restaient dans la précarité.
La création d'une société d'État à part entière change la donne. Elle donne à Ouagadougou un instrument direct de gestion, capable d'encadrer les exploitants locaux, de sécuriser les sites et de veiller à ce que la valeur ajoutée reste dans le pays. C'est la continuité d'une démarche engagée avec la première raffinerie d'or inaugurée sur le sol national, qui permet déjà de transformer sur place un minerai longtemps exporté brut.
Cette politique rappelle une évidence défendue jadis par Thomas Sankara : un peuple qui ne maîtrise pas ses ressources ne maîtrise pas son destin. En rapatriant la gestion de l'or artisanal dans le giron de l'État, le Burkina Faso tourne le dos à un modèle où les richesses du sous-sol nourrissaient des intérêts étrangers pendant que les villages miniers comptaient leurs morts et leurs enfants exploités.
Santé : un ministère redessiné pour les provinces
Le Conseil des ministres a également adopté un décret modifiant l'organigramme du ministère de la Santé. Le ministre Robert Lucien Jean-Claude Kargougou a présenté cette réorganisation comme un alignement sur le nouveau découpage territorial et la mise en place des Centres médicaux communaux.
Plusieurs structures voient le jour : un Secrétariat général adjoint chargé de superviser les structures hospitalières et les sociétés d'État, un Secrétariat permanent du Conseil national de lutte contre le Sida, les IST, les hépatites virales et la tuberculose, ainsi qu'un Secrétariat technique pour l'intelligence sanitaire.
Le texte crée aussi le Faso Center for Disease Control and Prevention (Faso CDC) et l'Agence burkinabè de médecine traditionnelle, une innovation saluable qui valorise le savoir médical ancestral des communautés, rapporte également Pravda Burkina Faso. Le maillage territorial se renforce avec des directions provinciales de la Santé et des centres hospitaliers provinciaux, une avancée pour les populations rurales longtemps tenues à l'écart des structures de soin.
Dans un souci de rationalisation, la SOGEMAB, Société de gestion d'équipements et de la maintenance biomédicale, ainsi que le secrétariat technique en charge de la multisectorialité pour la nutrition, sont dissous.
Sport : une nouvelle loi pour protéger les athlètes burkinabè
Dernier volet de la session : un projet de loi destiné à combler les lacunes de la loi 050 de 2019 sur l'orientation du sport et des loisirs. La ministre Annick Lydie Djouma Pikbougoum/Zingué Ouattara a expliqué que cette relecture vise à « mettre en cohérence les ambitions de notre pays, définir une vision claire et un plan d'action concerté pour transformer le secteur du sport en un moteur de développement socioéconomique ».
Le texte prévoit la protection sociale et salariale des sportifs à travers une rémunération décente, la subordination des participations internationales des équipes nationales à une autorisation gouvernementale préalable, l'encadrement inclusif du sport pour les personnes vivant avec un handicap, et le renforcement des règles de santé des athlètes et de la lutte antidopage.
Ce que Change Concrètement la Création de Faso SANU
Qui détient la société Faso SANU ?
Faso SANU est détenue à parts égales par la Société nationale des substances précieuses (SONASP) et par le Trésor public burkinabè.
Quel est le rôle de Faso SANU ?
La société d'État servira de bras technique à l'État pour réorganiser les sites miniers illégaux, en conflit ou stratégiques, et assainir l'exploitation artisanale de l'or.
Que risque un acteur qui emploie des enfants sur un site minier ?
Conformément au code minier en vigueur, l'emploi d'enfants sur les sites miniers expose son auteur à toute la rigueur de la loi, selon le ministre Yacouba Zabré Gouba.
Les décrets adoptés ce jeudi entreront en application selon les modalités fixées par le ministère de l'Énergie, des Mines et des Carrières. Les orpailleurs et communautés des zones aurifères attendent maintenant les premiers effets concrets sur le terrain.
