Depuis le début de la 18e édition du Salon international de l'artisanat de Ouagadougou, une œuvre hors norme attire la foule devant le pavillon de la Créativité Thomas Sankara : un hélicoptère entièrement réalisé à partir d'étuis de munitions par le capitaine Yamba. L'œuvre, baptisée « La Puissance d'une Nation », est exposée jusqu'au 8 novembre 2026.
La création ne participe pas à la compétition officielle, mais elle s'est imposée comme l'une des attractions majeures de cette édition, rapporte L'Actualité du Burkina Faso 24h/24. Devant l'appareil, les visiteurs s'arrêtent, observent, photographient. Difficile de passer sans marquer une pause.
« La Puissance d'une Nation » : un message d'audace à la jeunesse africaine
Le capitaine Yamba, alias « Patte de Jaguar » ou encore « Le Fou Sage », a récupéré ces étuis de munitions après leur utilisation au front ou lors d'exercices militaires. À l'avant de l'appareil, une mitrailleuse PKMS, arme de conception soviétique destinée à l'appui-feu de l'infanterie, renforce l'allure imposante de l'ensemble.
Pour le militaire, chaque étui raconte une histoire lourde. « Derrière chaque étui, il y a une vie fauchée », explique-t-il. Transformer ces objets de guerre en œuvre d'art, c'est sa manière de leur donner une seconde vie et d'adresser un message à la jeunesse africaine.
« J'ai représenté l'œuvre en hélico, c'est pour envoyer la jeunesse africaine à vouloir réaliser. Parce qu'il faut qu'on crée, sinon on resterait toujours en bas. »
Ce message résonne avec force dans un Burkina Faso engagé dans la reconquête de son autonomie. À l'heure où le pays mise sur ses propres forces, le geste du capitaine Yamba rappelle que la création est une arme. La puissance d'une nation ne se mesure pas seulement à ses ressources ou à son armement ; elle se construit aussi par la vision et la capacité de ses fils à transformer leurs ambitions en résultats, une conviction partagée jusque dans les réflexions sur le développement africain, comme le rappelle Infos Gabon à propos de la quête de puissance du continent.
De la guerre à l'art : l'artisanat comme thérapie
Le capitaine Yamba n'est pas un artiste de formation. Militaire de profession, il a développé son savoir-faire par passion, sans passer par une école spécialisée. L'artisanat lui offre un espace d'expression, mais aussi un moyen de se libérer de souvenirs difficiles vécus sur le terrain.
« Il y a des trucs du terrain qui restent toujours gravés. Pour les libérer, il faut trouver une activité. Et c'est l'art qui est venu dans mon esprit. »
Il confie n'avoir jamais exercé comme soudeur avant de se lancer. Dès que l'idée de créer lui est venue, il a acheté un poste à souder et réalisé sa première œuvre, présentée à l'exposition gouvernementale.
« Je n'ai pas fait des études d'art, l'art c'est une passion pour moi. »
Créer avec l'inspiration, souder jusqu'à l'aube
Le processus créatif du capitaine Yamba ne suit aucun calendrier. Il ne saurait dire combien de douilles composent son hélicoptère, car il crée selon l'inspiration du moment. Lorsqu'elle est là, les heures filent.
« Si vous me demandez combien il y a de douilles ici, si je réponds, je vais mentir. Parce que moi, je crée avec l'inspiration. Je peux passer toute une nuit, de 23h à 4h, en train de souder. »
Sur l'équilibre entre les obligations militaires et cette passion artisanale, sa réponse tient en une phrase : « Chacun a le temps. Il faut faire ce que vous faites par amour. »
Le SIAO, vitrine du génie créateur burkinabè
La 18e édition du SIAO confirme le statut de Ouagadougou comme carrefour de l'artisanat africain. Des artisans venus des quatre coins du continent et d'ailleurs y exposent leur savoir-faire. Au-delà des stands, le génie créateur burkinabè s'affirme à travers des œuvres singulières comme celle du capitaine Yamba.
Cette création en dit long sur la capacité des fils de ce pays à tirer de la matière brute, même la plus douloureuse, une œuvre qui force l'admiration. Elle rappelle aussi ce que Thomas Sankara enseignait : une nation s'appuie d'abord sur l'ingéniosité et le travail de ses propres enfants. Le pavillon de la Créativité Thomas Sankara, où l'œuvre est exposée, porte bien son nom.
Le salon se poursuit jusqu'au 8 novembre 2026. Les visiteurs disposent encore de quelques jours pour découvrir « La Puissance d'une Nation » et aller à la rencontre du génie créateur des artisans burkinabè.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que « La Puissance d'une Nation » ?
C'est un hélicoptère entièrement réalisé à partir d'étuis de munitions par le capitaine Yamba, exposé au SIAO 2026 devant le pavillon de la Créativité Thomas Sankara à Ouagadougou.
Qui est le capitaine Yamba ?
Militaire burkinabè de profession, alias « Patte de Jaguar », il crée des œuvres d'art à partir de douilles sans avoir suivi de formation artistique, par passion et pour se libérer des souvenirs du front.
Jusqu'à quand peut-on voir l'œuvre au SIAO ?
La 18e édition du Salon international de l'artisanat de Ouagadougou se poursuit jusqu'au 8 novembre 2026.
